mercredi 12 février 2014

Tagged under: , , , , , , , , ,

Orange lance la Digital Academy

Digital Academy est, pour les 166 000 salariés du groupe Orange, le volet formation au numérique du programme interne Digital Leadership Inside, pour accélérer la transformation du Groupe vers un fonctionnement numérique, que Stéphane Richard a lancé fin 2013. Quelle bonne nouvelle !

A l'heure où la #FrenchTech se cherche des grandes entreprises emblématiques, bravo pour l'intention, je m'en réjouis ! Anticiper la transformation numérique en cours pour prendre de l'avance sur l'évolution de notre société est un acte courageux même s'il sera douloureux, qui au final ne peut qu'être bénéfique aux individus.

Courageux car dans le glissement d'un mode "planifié" vers un mode "coordonné", l'autorité hiérarchique des managers prend un sérieux coup. L'essentiel du travail d'un chef hiérarchique est encore aujourd'hui de faire circuler de l'information : vers le haut, le bas, les cotés, parfois de la synthétiser un peu, l'expliciter ... mais dans l'ensemble, il s'agit bien d'optimiser le transaction cost de Ronald Coase. Or, si un algorithme caché derrière un réseau social ou un flux de nouvelles sur mobile sait faire arriver la bonne information à la bonne personne au bon moment, cette raison d'être du manager disparaît ... et une bonne partie de son agenda quotidien, et surtout de son autorité qui en découlait, avec !
Et ce ne sont pas que les managers intermédiaires qui sont au défi. Plus largement, cette même chute du transaction cost -dont Orange est un artisan majeur de par ses activités qui fluidifient la circulation de l'information- est celle aussi qui met à mal les grandes organisations et favorise la résurgence de les petites structures en érodant l'avantage compétitif fournit par l'échelle.

Douloureux car c'est un traumatisme significatif que vont vivre tous les cadres dont les recettes ont fonctionné si bien pendant 10, 20 voire 30 ans et à qui l'on va devoir pourtant demander de changer de recettes. La fracture numérique, on le sait maintenant, c'est surtout les élites qui en sont les premières victimes car elles ont d'une part les moyens de pas s'y mettre, d'autre part un intérêt à résister à un mouvement qui remet en question des acquis chèrement gagnés.

Je voudrais cependant terminer sur un petit regret, dans la dénomination du programme. "Académie du numérique"*, c'est un nom qui incite à regarder le marteau et pas le clou (essayez un jour d'enfoncer un clou en regardant la marteau, c'est intéressant ...). Apprendre à se loguer dans Twitter c'est une chose, mais la force qui va entraîner les décideurs à changer leur trajectoire c'est de les former à comprendre l'économie de la connection, le mur entre pro et perso qui tombe, les flux non marchands (Emotions, Confiance, Connaissance)... les outils numériques, quand on a la motivation on les apprend bien vite (demandez à toutes les grand-mères qui ont du se mettre à Skype pour voir leurs petit-enfants). 

J'ai rarement vu un surfer s'en tirer brillamment en regardant la vague, ou l'eau sous ses pieds. Il se concentre plutôt sur ses sensations et son équilibre. Or malheureusement, quand vous allez parler aux cadres d'empathie, de design, de sens (purpose), ce sont des domaines dans lesquels leur position hiérarchique ne leur assure pas le "monopole du coeur" comme dirait l'autre. Et puis pour montrer son coeur il faut se mettre à nu, positionner ses causes personnelles par rapport aux causes de l'organisation ... ça peut être très gênant pour certains qui, bon soldats, ne s'étaient jamais posé cette question.

Investir juste dans "apprendre à twitter", ça ne va pas résonner bien loin et promet des taux d'adoptions tristoune, on l'a déjà entendu ailleurs ("oui j'ai été sur Twitter, j'ai écrit 2-3 trucs pour voir, bon, c'est bien pour la veille quoi") ...


* Une lecture recommandée pour l'agence de RP d'Orange : http://www.academie-francaise.fr/digital