jeudi 19 novembre 2015

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Les bobos du canal

[NdDuc : J'ai à mon tour demandé à Philippe la permission de partager le texte de sa belle-fille Madeleine. Merci.]

Pierre, mon fils, Madeleine et leur deux filles habitent rue Beaurepaire, dans ce quartier vivant et coloré qui a été ensanglanté vendredi, alors que certains se souhaitaient Shabbat Shalom. Ils vivent en ce moment à Houston, Texas, d'où Madeleine nous a envoyé ce texte qui reflète leur désarroi, et le nôtre, la génération de leurs parents. Un texte sensible, fort et sobre, comme j'en ai peu lus après les massacres. Elle m'a autorisé à partager. 

"Cette fois c’était pour nous. Les bobos du canal.

Des gentils, les bobos, qui feraient pas de mal à une mouche. Z’ont même pas fait le service militaire, se sont jamais battu contre personne depuis le collège. Ils élèvent la voix quand ils s’engueulent dans les dîners, mais bon. Des journalistes, des sages-femmes, des musiciens, des graphistes, des chercheurs, des profs, des médecins, des serveurs de resto, des publicitaires, des travailleurs sociaux, des avocats, des artistes, des autoentrepreneurs sur le fil. Des financiers pleins de fric, mais tellement sympas. Des riches et des moins riches. Des de toutes les couleurs, souvent athées, mais pas que. Des mélangés. D’extrême gauche, pas beaucoup, de gauche plutôt, de droite, discrètement.

Y en a beaucoup parmi nous qui ne savent pas en quoi croire ; on nous a appris que ce qui compte c’est de comprendre. Alors on a un avis sur tout. On s’est renseigné, on a lu les bons articles, on écoute la radio, les blogs qui vont bien. On sait, on a une théorie. On a un esprit critique. On se laisse pas comme ça mener par le bout du nez, nous. Non, on est conscients, on est informés. On connaissait Trevidic avant tout le monde.

Mais ça n’empêche pas d’être victime. Et là on sait plus quoi faire. Le rapport qu’on a au combat, nous, c’est celui de l’histoire. De l’observation. On sait qu’il faut chercher les racines, on sait que c’est plus compliqué que ça.

On est une génération de principes. On a défilé mille fois contre le FN, contre le SIDA, contre les attentats, pour l’école publique, la santé pour tous, la liberté, la laïcité, la tolérance. Et après ? 

On est aussi la génération de l’impuissance et du vote utile.

A quoi croyons-nous ? En notre liberté, en notre insouciance. En la tolérance. En l’amour de l’autre, quel qu’il soit, même du petit con fanatique qui lit des horreurs sur internet et qui les croit. On est pacifistes. On veut garder le droit de faire des blagues pourries parce que c’est drôle. On veut pas d’un état policier. On veut pas parquer les islamistes radicaux dans des camps. On veut pas faire la guerre.

Mais en face, ils tuent. Et il nous faut le bruit des bombes pour se rendre compte qu’on ne sait pas se défendre. Que c’est même toute l’idée. C’est la République qui nous protège, pas besoin de se salir les mains. Mais qui la fait, la République ? Est-ce qu’ils y croient vraiment, ceux de nos copains qui font de la politique dans les grands partis ?

Alors, oui, il faut plus d’école, plus de justice, plus de république, plus de démocratie, moins d’armes, plus de moyens dans les prisons, pour s’attaquer au cœur du problème, mais on fait comment face à des types avec des Kalachnikov, là, maintenant ?

Et on va voter pour qui quand il faudra retourner voter ? Contre le FN, ça c'est sûr, on le fait depuis dix ans. Mais on va voter pour qui ?

J’ai même pas pu chanter la Marseillaise hier. C’est pas l’envie qui m’en manquait, sur le plan symbolique, j’avais un drapeau à la main, et la larme à l’œil, j’étais prête. Mais chanter « qu’un sang impur abreuve nos sillons » ? Je suis pas prête pour ça. On n’a pas joué aux soldats de plomb quand on était petits. On n’a pas regardé de défilés. Nos parents, ils nous ont fait écouter Le Déserteur, et Brassens, et Renaud. Et Brel qui gueulait Au suivant. La musique qui marche au pas, cela ne nous regarde pas. Je ne me reconnais pas dans cet hymne guerrier. Je n’ai jamais voulu voir tout ça.

Alors je pleure mes illusions perdues, je me demande que dire à mes enfants, et à quelle République croire pour les cinquante prochaines années. Pour qu’au moins si on envoie des obus et des blindés quelque part, on soit fiers de ce qu’on défend. Pour défendre un projet, et pas juste le statu quo. Parce que le statu quo il nous convient à nous, mais il ne tient plus debout.

Qui va réécrire la Marseillaise ? Qui va prendre la parole pour fédérer les gens qui comprennent plein de choses mais qui ne croient plus à rien ? Qui va nous forcer à nous bouger pour une politique d’aujourd’hui ? Qui va permettre aux musulmans de France d’exister dans le monde politique ? Qui va s’occuper des enfants de la République ? Et qui va prendre toutes ces décisions de fermeté contre les racines de tout ça ? Il paraît que c’est le pétrole le nerf de la guerre, l’argent des banques, et de l’armement. L’ennemi, c’est la finance, qu’y disait… Mais pour qui bossent les plus malins de ceux qui sortent des grands écoles françaises ?

Comment peut-on changer tout ça si on veut que rien ne change ?

Je suis la première empêtrée dans toutes mes contradictions.

Je crois de tout mon cœur - je sais - que les hommes sont faits pour s’aimer et se parler, pour se faire beaux et être fiers, pour vivre ensemble la tête haute, et essayer de construire quelque chose de meilleur. Mais ils font aussi la guerre depuis la nuit des temps pour défendre leurs intérêts, et c’est vite parti, à l’intérieur d’un pays comme à l’extérieur, surtout que chacun maintenant va vouloir se défendre. On a juste refusé de voir ça.

Maintenant que le mot est sur toutes les bouches, il est temps qu’on s’écoute et qu’on s’aide pour éviter le carnage. Il faut écouter ce que disent les gens qui ne votent plus, ou qui votent pour le FN, ce que disent les musulmans en France qui se sentent maltraités et se replient sur eux-mêmes, ce que disent les nouveaux arrivants qui ne comprennent pas la laïcité. Il ne suffit pas de leur dire en leur tapant sur l’épaule qu’ils se trompent sur les conclusions, que la France c’est pas ça, ou de trouver un autre ouvrier, un autre arabe, qui, lui, pense comme il faut, pour annuler leurs propos.

J’espère, j’espère trouver quelque chose de concret en quoi croire pour construire mon pays. Je suis désespérée de constater à quel point je ne sais pas le proposer moi-même. Mais c’est dans nos mains, quelque part, non ?"

Madeleine Cavet Blanchard

vendredi 13 novembre 2015

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L'Uberisation expliquée à mon chef

Un même système, obéissant aux mêmes lois, peut se comporter très différemment en fonction de l'échelle, car des phénomènes qui étaient auparavant masqués ne deviennent plus négligeables. Prenez de l'eau par exemple, dans un verre. La surface est lisse et plate. Pourtant, si vous en faites tomber une goutte sur la table, vous la verrez ronde et rebondie. L'univers n'a bien entendu pas changé entre temps, les lois de la physiques sont les mêmes. Simplement, cette incohérence s'explique par des forces capillaires qui empêchent la goutte de s'étaler complètement. Il en va de même pour l'économie.
Nous avons tous appris à jouer au marchand ou à la marchande étant petit. Une fois qu'on a compris le principe de l'argent, le fonctionnement du système économique traditionnel est très simple : il faut vendre des choses plus cher qu'elles ne nous coûtent, la différence entre les deux étant la valeur ajoutée que l'on a créée par son travail. Par exemple, j'achète un livre 5€, je le revends 8€, je fais 3€ de marge.
On étend facilement le concept à la notion de service. Par exemple je te présente un client, tu fais une vente grâce à moi, tu me donnes 1€ en échange, il te reste 2€ de marge. Ce service que je te rends a de la valeur pour toi, tu n'aurais pas pu trouver ce client tout seul, car c'est compliqué de trouver un client, ça prend du temps, il faut prospecter, négocier, bref échanger des informations et les traiter. C'est ce qu'on appelle le coût de transaction. Et c'est précisément ce qui est en train de chuter vertigineusement avec le développement du numérique.


Lorsque le coût de transaction s'effondre, avec les mêmes règles du marché, nous voyons apparaitre des phénomènes nouveaux entrer dans la danse. Nous voyons les flux non marchands (Connaissance, Confiance et Sentiment) devenir non-négligeables, grâce à la fluidité des échanges et la permanence de la donnée enregistrée. Voyons donc comment fonctionne ce phénomène qu'on appelle "uberisation" :

1. Tout d'abord, il vous faut une "Killer app"
C'est à dire un produit ou service que vous vendez pour quasiment rien, et que tout le monde s'arrache comme des petit pains. Par exemple Amazon vends ses livres à pertes, Google offre son service de recherche gratuitement, Apple a démarré en vendant des chansons à 1$. Pour Uber, le service de transport de personnes en intramuros est la killer app (eh oui, ce n'est que le début..).

2. Puis vous forgez une Alliance
Une fois que vous avez récolté ces millions, ces centaines de millions de Clients, vous leur proposez de sceller une alliance, c'est à dire un contrat de confiance réciproque. Collectivement, tous ces clients forment une Multitude, et vous, vous êtes devenu une Plateforme.

Voici les termes de l'alliance :
- Vous allez travailler pour moi, sans compensation financière
Sur Amazon on note les livre, sur Uber les chauffeurs. Mais parfois c'est implicite : même si vous n'écrivez pas de revue sur les livres, en observant votre comportement, votre panier, et votre liste de voeux, Amazon peut d'ores et déjà collecter énormément de choses sans que vous ayez aucunement le sentiment de travailler. Le temps que vous consacrez sur le site est pour votre bon plaisir. De même, le cas Google est intéressant : quand vous cliquez sur la troisième réponse de la page de résultat, vous informez implicitement Google que c'est la meilleure réponse pour vous, et toutes les personnes qui vous ressemblent auront alors ce lien-là en premier sur leur page de résultats.
- Vous allez me donner des informations personnelles
Tout votre comportement comme vu ci-dessus, mais aussi numéro de carte bancaire, civilité, informations familiales... tout est bon à prendre. Moins l'information est connue publiquement, plus elle aura de valeur. Apple a dépassé le milliard de numéros de cartes bancaires confiées avec autorisation de prélèvement.
- En échange je vous procure du confort, un meilleure qualité de vie. Faites-moi confiance. Je saurai vous trouver ce dont vous avez besoin. La voiture Uber sera toujours là sans attente, avec la petite bouteille d'eau, etc.


A noter que dans cette alliance, il n'y a pas de clause pécuniaire. Moi, plateforme, comme je vends ma killer app sans marge, je dois me débrouiller autrement pour gagner de l'argent, en monétisant toutes les informations personnelles collectées.
C'est évidemment très traumatisant pour les acteurs de l'économie traditionnelle, qui eux comptent sur la marge pour vivre.


3. Monétisation
Pour gagner sa vie, la Plateforme monnaye la confiance que la Multitude lui a accordée, qui est son bien le plus précieux. Elle va pour cela proposer à des tierces parties de vendre des choses à sa Multitude. Ces tiers ne sont pas des clients de la Plateforme, ni des fournisseurs. On les appelle des Sur-traitants. Chez Uber, les Surtraitants sont les chauffeurs. Chez Amazon, les boutiques en ligne qui utilisent la plateforme Amazon pour vendre leurs produits (les 2/3 des ventes faites sur Amazon ne sont pas faites par Amazon mais par un marchand en ligne qui utilise la Plateforme comme vitrine). Chez Apple, les Surtraitants font des applications qui sont vendues dans le iTunes Store.
La Plateforme ne choisit pas les Surtraitants, c'est eux qui décident, attirés par le potentiel de la Multitude, de la rejoindre. Par contre, la Plateforme se devant de protéger la confiance dont elle est dépositaire, elle fixe des règles du jeu assez strictes vis à vis de ses Surtraitants. Les règles bien respectées, tout le monde peut venir ! La Plateforme prend alors une commission sur les transactions entre les individus de la Multitude, et les Surtraitants. Les cas Uber Amazon Apple sont assez évidents. Pour Google c'est moins net car il y a un intermédiaire : les gens qui veulent que vous veniez visiter leur site (parce qu'ils ont un fer à repasser à vous vendre). Ceux-là payent à votre place, anticipant sur le bénéfice qu'ils feront en vous vendant le fer à repasser. Les Surtraitants sont tous les sites dont Google gère la publicité au travers du programme Adsense, et parmi lesquels Google Search n'est qu'un cas particulier.

6. Les rendements croissants
Une particularité du fonctionnement des Plateformes c'est que plus elles sont grosses, plus elles sont efficaces dans leur travail. Car pour faire la mise en relation Multitude <=> Surtraitant, d'une part plus ils sont nombreux et diversifiés, plus on a de chance de trouver un mariage, et d'autres part pour faire tourner des algorithmes d'apprentissage (de prédiction de demande par exemple), il faut du volume pour s'optimiser progressivement. Exactement comme votre filtre antispam arrive à trouver les mails qui vous intéressent, mais fait quelques erreurs de temps à autre. Ce sont des algorithmes statistiques, ils ne font que calculer des probabilités.
Du coup, le milieu des investisseurs est de plus en plus attentif à votre taille et à la croissance de votre activité (votre "traction" ), car inéluctablement, le plus gros étant le plus rapide, il ne fait que creuser son avance continûment, et s'établit in fine comme un monopole naturel de son marché.


7. La souveraineté des nations à l'ère numérique
Comme tout monopole, la plateforme peut alors dicter ses règles au marché (pas de frais de port pour les livres, bouteille d'eau obligatoire offerte dans les taxis, ...), et ce à l'échelle quasi-mondiale (hors Chine qui a ses propres Plateformes, et Corée du Nord qui n'a pas internet). Et ce, faisant fi des lois nationales : avec Amazon on peut acheter des souvenirs du 3ème Reich en France (ce qui est illégal) par exemple. Ce phénomène est d'autant plus inquiétant que les plateformes sont toutes à ce jour issues ou rachetées par des individus vivant dans la région de San Francisco, qui ne rendent que des comptes très limités à leurs actionnaires. Même le gouvernement américain et son régulateur ne sont pas en position de force face à eux. 
Lire à ce propos l'excellent article de Nicolas Colin sur Silicon Valley Politics.
8. Impact sur la vie privée
Comme nous l’avons vu, les Plateformes vivent d’un flux financier qui se crée grâce à un écart : celui entre la quantité de connaissance dont elles disposent sur nous, par rapport à ce qui est du domaine public (qu’on trouve en vous cherchant sur Google). Il faut qu’elles profitent de cet écart sans toutefois en abuser car trop en montrer pourrait être vécu comme une trahison par la Multitude. De plus, notre société allant vers de plus en plus de transparence, le niveau de connaissance disponible publiquement ne fait qu’augmenter. En conséquence, pour ne pas voir tarir leur source les Plateformes se doivent de pousser toujours plus loin la collecte de données personnelles, pour maintenir l’écart à un niveau suffisant pour pouvoir le monnayer.
Une manière simple de contrer le développement de ces monopoles serait de mettre toutes ses données personnelles en libre accès, mais bien entendu ce principe se heurte à notre besoin d’intimité.


9. Régulation à l'ère numérique
Des industries à rendements croissants, qui génèrent donc des monopoles naturels, cela existe depuis bien longtemps, ce sont les secteurs dits "à effet réseau" : telecom, distribution d'énergie, poste... On a su s'en accommoder soit en les nationalisant, soit par une forte régulation. Le défi auquel nous faisons face à l'ère numérique est que toutes les filières, à mesure qu'elles se transforment deviennent à "effet réseau"... La nationalisation massive n'étant pas une option en économie de marché, il reste le défi de la régulation qui doit se faire non plus à l'échelle du pays, mais à l'échelle de l'internet cad monde sauf Chine.


Retrouvez tous ces concepts et bien d'autres encore dans leur oeuvre originelle : "L'âge de la multitude" par Henri Verdier et Nicolas Colin.



samedi 10 octobre 2015

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Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.

Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.
Certains d’entre nous ne votent plus du tout, d’autres votent blanc, ceux qui votent encore le font par défaut, avec tristesse ou colère.
Nous nous sentons piégés par un système politique qui ne nous respecte pas, ne nous entend pas, et depuis quelques temps, nous dégoûte même par ses frasques, ses renoncements, ses promesses jamais tenues, ses mensonges, ses trahisons, son inhumanité.
Nous sommes multiples.
Nous sommes tous différents.
Nous ne sommes pas d’accord sur tout. Et c’est ça notre richesse. Nos expériences de vie montrent qu’il y a tant de chemins pour atteindre des résultats concrets.
Nous voulons expérimenter. Pas à pas.
Nous sommes en mouvement.
Nous avons arrêté de regarder vers le haut avec espoir. Il n’y a plus rien à attendre de ceux qui nous gouvernent. Nous en constatons l'échec, nous le disons sans haine, ni colère.
Et finalement, ils échouent les uns après les autres, car les règles datent des siècles passés, elles ne sont plus adaptées.
Nous ne voulons plus signer de chèque en blanc à des partis politiques.
Nous allons construire une offre politique qui ressemble au monde que nous dessinons jour après jour : libre, connecté, coopératif, interdépendant, concret.
Nous voulons que chacun de nos actes soit émancipateur pour nous tous.
Nous voulons prendre notre place à la table des décisions.
Nous voulons co-construire le monde tel que nous, les gens, l'aurons décidé.
Nous nous mettons en marche de manière collective, horizontale, débarrassée des quêtes de pouvoirs personnelles et des postures partisanes stériles.
Nous allons entrer à l’Assemblée Nationale.
En juin 2017.
Pas dans le poulailler, là où nous sommes parqués aujourd’hui, ou devant notre télé.
Non, nous allons entrer pour de vrai. Gagner des sièges, des circonscriptions.
> Nous voulons faire entrer la Démocratie dans l’ère de la multitude, de l’interdépendance, du partage et de la coopération.
> Nous développons des méthodes et des outils d’intelligence collective pour donner à tous les citoyens les capacités de s’approprier les enjeux, de se porter candidat, de proposer et de voter les lois.
> Nous expérimenterons ces nouvelles pratiques en faisant élire lors de l’élection législative de 2017 des volontaires formés et tirés au sort qui relaieront les décisions de leurs électeurs pendant 5 ans.
A plein de femmes et d’hommes, nous serons plus intelligents qu’un seul être humain. Surtout qu’il est prisonnier aujourd’hui à l’Assemblée des logiques de partis
Nos députés ne seront pas seuls face aux lobbies ou aux experts. La force du nombre leur permettra d'affronter la puissance de l'institution.
Emanation de leurs électeurs, députés aux milles visages, les nôtres; ils seront le prolongement de notre volonté individuelle.
Nous déciderons collectivement ce que le député votera.
Pas sur une loi.
Non, sur toutes les lois.
Pendant 5 ans. A chaque fois qu’un sujet nous passionnera.
A chaque fois qu’une loi heurtera nos libertés, nos valeurs, nos principes.
Plus jamais sans nous.
Cette idée, c’est essayer la « démocratie » au sens propre.
En 2017 nous entrons à l'Assemblée avec suffisamment de sièges pour pouvoir démarrer une expérience inédite.
Le monde se construit déjà avec nous. Où que nous soyons, nous avons déjà pris nos responsabilités. Dans nos vies professionnelles, associatives, dans nos familles, dans nos quartiers, nos immeubles, les conseils d’école, nous sommes déjà debout à donner le meilleur de nous-mêmes pour le bien commun.
Comme énormément de Français nous aimons la politique, nous aimons débattre, nous aimons participer, nous voulons faire quelque chose qui nous dépasse.
Dans le monde entier des mouvements naissent, répondant tous à la même soif de démocratie. Allemagne, Mexique, Argentine, Italie, Espagne, Islande, Grèce, Irlande, Canada, Tunisie et dans des villes et villages français.
Partout dans le monde des initiatives portent la volonté des Peuples à prendre leur place à la table des décisions.
Et nous, ici sommes-nous prêts ?

dimanche 27 septembre 2015

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La loi République Numérique

Déçu du système, vous trouvez que votre vote ne vaut plus rien ? Vous doutez de l'engagement du député censé vous représenter ? Avant d'être mauvaise langue, allez donc vérifier son activité... bref il n'empêche, Axelle Lemaire nous propose d'essayer autre chose : participer directement à l'élaboration du projet de loi, en toute transparence. Plus besoin d'avoir fait l'ENA ou de s'acheter un cabinet de lobbying pour savoir ce qui se prépare ! Ni d'éplucher à la main les arides réglements européens que cette loi met en oeuvre.


Si ça marche, énorme barbarisation du système : imaginez une proposition de loi qui arrive au parlement avec déjà l'approbation de disons 2 millions de citoyens ...
"Salut alors voilà on a eu une idée, on vous propose de la voter, nous et nos 2 millions de copains... Bon faites comme vous voulez hein mais à votre place je les énerverais pas trop, surtout que les 50 députés que je vois là dans la salle vous devez royalement peser 200 000 votes tout cumulé, alors bon, j'dis ça j'dis rien.."

Mais de quoi elle va parler, cette loi ?
Pour ceux qui se demandent de quel périmètre on parle avec ce projet de loi "République numérique" (qui a vachement plus de gueule que "Loi Lemaire", il faut bien le dire. #noego)
Le présent projet de loi comporte plusieurs dispositions [..] selon trois axes :
1. Favoriser la circulation des données et du savoir :
 - renforcer et élargir l’ouverture des données publiques engagée par l’Etat et les collectivités territoriales depuis plusieurs années ;
 - créer un service public de la donnée ;
 - introduire la notion de données d’intérêt général, pour optimiser l’utilisation des données aux fins de l’intérêt public ;
 - développer l’économie du savoir ;
A noter en particulier la définition de "données d’intérêt général" :  la loi doit veiller à éviter la prédation des données publiques par une petite poignée de plateformes (regard appuyé vers la Californie..). Par exemple imaginez que l'IGN partage toutes ses cartes en open data. Google les pioche, les met dans son app, merci aurevoir. Ensuite comme Google a non seulement des voitures mais surtout une alliance avec la multitude qui enrichit et corrige les données, rapidement l'IGN se retrouve désuette et n'aura servi que de marchepied pour faire gagner du temps à Google :-(. Ceci n'est pas une fiction.
2. œuvrer pour la protection des individus dans la société du numérique :
 - favoriser un environnement ouvert en affirmant le principe de neutralité des réseaux et de portabilité des données ;
 - établir un principe de loyauté des plateformes de services numériques
 - introduire de nouveaux droits pour les individus dans le monde numérique, en matière de données personnelles et d’accès aux services numériques ;
A noter ici la "loyauté des plateformes" : devenues des monopoles naturels grâce à l'effet réseau qui favorise les plus grands, les plate-formes peuvent écraser les lois nationales. Ah, et aussi manipuler nos opinions et nos comportements. Bon le souci c'est que bien sur on est dans écosystème mondialisé et qu'on n'a pas tellement de levier sur la petite poignée d'individus qui les contrôlent (deuxième regard appuyé...).
3. garantir l’accès au numérique pour tous :
 - en favorisant l’accessibilité aux services numériques publics ;
 - en facilitant l’accès au numérique par les personnes handicapées.
 - en maintenant la connexion internet pour les personnes les plus démunies
Là il faut expliquer à nos chers FAI (fournisseurs d'accès à Internet) que l'accès universel n'est pas une option. La question c'est juste est-ce que c'est eux qui vont le faire, ou est-ce qu'ils vont laisser d'autres gens (regardés avec appui) le fournir avec des ballons, des drones, des fibres posées à leur frais, la techno BeBound, ou que sais-je. En tout cas ça serait bien de ne pas se taper la honte de passer en quelques années derrière tous les pays émergents en terme d'accès au net (qui eux auront accueilli les ballons à bras ouverts).

Hum ça m'a l'air bien ficelé tout ça. Qu'est-ce qu'il reste à faire ?
Alors bien sur on sait qu'on a des réglement européens à transcrire en loi locale, et on sait déjà ce qu'on veut mettre dans la loi, alors à quoi rime l'exercice ? Et bien le diable est dans les détails. Par exemple : la loyauté des plateformes doit-elle être une simple obligation d'information ou faut-il aller plus loin ? Dans le premier cas quid des plateformes qui ne sont pas visibles par l'utilisateur (comme Criteo par exemple). Et l'obligation d'information concerne-t-elle la simple existence d'un lien commercial ("j'ai été payé pour te recommander ce produit") ou plus comme l'information que la plateforme a sur moi et les intérêts indirects ("Je te recommande cet hotel familial car je sais que tu as des enfants et je connais ton budget ; cet hotel ne me paye pas mais toutes les compagnies aériennes qui vont dans ce pays me payent").

Oui mais à quoi ça sert que je m'en mêle ?
Bon ok, vous n'avez pas forcément envie de vous plonger là-dedans, il y a des experts pour ça. C'est un peu comme pour le vote au fond, on n'a pas trop envie d'y aller parce qu'on sait pas trop ce que les candidats vont faire, les programmes sont nébuleux, la mauvaise foi prégnante, ça prendrait trop de temps de se renseigner en détail et puis tout vérifier c'est un vrai boulot mine de rien. Bah oui, c'est le jeu de la démocratie. Et c'est vrai qu'avant voxe.org, c'était vraiment compliqué.

Donc faut y aller. Il faut se connecter (facile, y'a un Facebook login !), et cliquer sur les articles qui vous paraissent important : neutralité du net, loyauté des plateformes, service universel, ouverture des données, mort numérique ... En exprimant votre soutien (ou pas) à chaque article, même si vous ne l'avez pas lu, vous exprimez l'importance que vous lui accordez, et ça, ça n'est pas anodin. Même sans écrire un seul mot, par votre "like" par cette mise en relief, vous participerez à écrire la loi !

C'est quand même un peu aride tout ça...
Oui pour aller plus loin, c'est sur, je vous recommande de vous en remettre à un expert. Mais pas n'importe quel expert non, quelqu'un que vous connaissez, en qui vous avez confiance. Peut-être qu'il ne passe pas à la télé mais vous, vous savez qu'il a la tête sur les épaules, et en plus, le fin du fin, il vous répondra si vous avez une question. Cet expert, c'est votre ami Facebook qui a déjà voté ! C'est ce qu'on appelle le filtre social :
1. Vous allez sur la plateforme voir la liste des participants
2. Trouvez quelqu'un que vous connaissez
3. Regardez son activité, les arguments qu'il a laissé, ses votes.
4. Si un sujet vous interpelle, vous pouvez remonter à l'article et exprimer votre vote, puis revenir à la page de votre ami.
5. Si vous voulez faire un "supervote" parce que l'article vous semble mériter de l'attention, ajoutez un "argument" de sorte que les gens qui viendront voir votre profil pourront à leur tour constater que vous lui attachez une importance particulière.
6. Niveau ultime : vous pouvez même partager un article sur votre Facebook.
7. Revenez dans 1 semaine, d'autres amis seront passés !

Essayez vous allez voir, vous allez découvrir les opinions de vos amis, je suis sur qu'il y aura des surprises, des discussions passionantes, vous les connaitrez un peu mieux, vous serez un peu plus proches, et ça, c'est du bonus, rien que pour vous !


Pour plus de détails :
En 9 dessins dont un burger
Article Numerama 
Projet de loi numérique : une méthode inédite - vidéo dailymotion

lundi 29 juin 2015

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Le Bitcoin expliqué à mon chef

Comment fabrique-t-on une monnaie que l'on peut s'échanger de par le monde entre personnes qui ne se connaissent pas, sans avoir besoin de se faire confiance ? Voici une petite explication niveau seconde, avec, si vous tenez bien le coup jusqu'au bout, une petite surprise à la fin ! 

Le point de départ est très simple : tous les bitcoins sont numérotés, et on note toutes les transactions dans un seul grand fichier, comme un énorme Grand Livre qui serait commun à tous les acteurs : "le portefeuille ABC donne le bitcoin #123 au portefeuille DEF". Ce Grand Livre fait actuellement 35Go environ, et il se balade sur la toile, n'importe qui peut se le procurer, et grâce à cela retrouver l'historique de TOUS les transferts de bitcoin depuis la création de la monnaie. On l'appelle la blockchain, tout simplement car les transactions sont regroupées par blocs.
Evolution de la taille de la blockchain
Pour effectuer un paiement, il me suffit d'ajouter une ligne à ce Grand Livre. Puisque l'on peut remonter à l'origine des temps, il est très facile en suivant les différents changements de main du bitcoin #123, de savoir si ABC le possède bien au moment de la transaction. En fait, on sait exactement dans quel portefeuille se trouve chaque bitcoin à tout moment.

Pour effectuer ma transaction, je contacte donc n'importe quel ordinateur du réseau, qui déclare posséder un Grand Livre, et je lui demande d'ajouter ma transaction. Il l'ajoute, puis se charge alors d'aller informer toutes les autres machines déclarant posséder un Grand Livre aussi, pour que toutes se mettent à jour.

Jusqu'ici tout va bien. Il me faut juste un "mot de passe" pour indiquer que je suis bien le possesseur du bitcoin #123 au moment de ma transaction, histoire d'empêcher quelqu'un de prétendre le posséder et le dépenser à ma place.

Tous les serveurs possédant le Grand Livre passent donc leur temps à s'envoyer les uns les autres les transactions qu'on leur a demandé d'enregistrer. Mais tous ceux qui possèdent un smartphone savent que la synchronisation est un défi de taille. Que faire si deux serveurs ont enregistré des transactions contradictoires ?
Par exemple, si j'ai indiqué à un serveur à Paris que je donnais le btc#123 à Alice, et au même moment un serveur à Tokyo déclare que je donne le même btc#123 à Bob ? À qui donner raison ?
Surtout que derrière, Alice et Bob auront peut-être donné le btc#123 à d'autres, puis à d'autres... plus les transactions s'accumulent et plus c'est compliqué de détricoter tout cela ! Du coup, le choix qui a été fait pour arbitrer ces problèmes est de conserver la chaîne la plus longue. On résoud ainsi le problème du btc#123 en doublon !

On a éliminé le doublon, soit. Mais comment sait-on qu'on a éliminé la transaction illicite ? Car il suffirait à un opérateur malhonnête de créer artificiellement une suite de transactions très très grande pour imposer sa propre chaîne ! Eh bien il suffit d'imposer une temporisation forcée entre deux transactions. Disons une dizaine de minutes.
Le temps de validation d'une transaction ? Environ 8 minutes !
Mais comment forcer les gens à attendre ? On ne peut pas se contenter bien sur d'une déclaration sur l'honneur. On va demander aux gens de prouver qu'ils ont bien attendu, en les occupant avec la résolution d'un calcul mathématique. Imaginons qu'on souhaite ajouter à la chaine la transaction suivante :

  • le btc #123 est donné par la personne #56 à la personne #87

Eh bien on va inventer un équation qui prend tous ces nombres, par exemple :

  • Trouvez les x tels que : 123x²+56x+87 = 0
Hum, un peu trop facile, me direz-vous ? C'est vrai, essayons plutôt de valider un bloc de 3 transactions d'un coup :

  • le btc #123 est donné par #56 à #87
  • le btc #456 est donné par #5 à #8
  • le btc #789 est donné par #44 à #91
Le défi devient alors :


  • Trouvez les x tels que : (123x²+56x+87)(456x²+5x+8)(789x²+44x+91)= 0

Ah, là on a une équation qui peut bien prendre 10 minutes.. Par contre, il est très simple de vérifier si vous avez bien trouvé la réponse : il suffit de remplacer x par la solution proposée et en quelques additions et multiplications, vous pouvez vérifier si la réponse est bonne !
..en fait on parle de 700 transactions dans un seul bloc !
C'est sur cette asymétrie fondamentale que repose le bitcoin (difficile de trouver la réponse, mais très facile de la vérifier). Celui qui donne la réponse est donc autorisé à ajouter les 3 transactions en question dans la chaîne. Vous noterez au passage que comme les paramètres des transactions servent à définir l'équation, il était impossible faire le calcul d'avance.

Du coup, pour pouvoir imposer sa "réalité" au reste du monde, c'est-à-dire introduire une transaction frauduleuse dans la chaîne, il faut, en gros, disposer d'une capacité de calcul supérieure à tous les autres ordinateurs qui travaillent à valider des transactions. Ce qui est de plus en plus difficile à mesure que le nombre d'ordinateurs entrant dans la danse augmente.
A partir d'avril 2014 commencent à poindre les premiers blocs rejetés
(soit parce que quelqu'un de bien intentionné a continué de valider un bloc qui avait déjà été validé par ailleurs, soit parce que quelqu'un de mal intentionné a essayé de pousser des blocs frauduleux)

Quelques remarques pour conclure afin de nourrir vos diners en ville :

Le Grand Livre "blockchain" n'est pas crypté.
Il est parfaitement en clair, de la crypto y'en a juste un peu aux abords du système pour l'authentification des agents. Bien entendu, si vous donnez à quelqu'un le fichier contenant votre identifiant il pourra disposer de votre argent... et si vous perdez ce fichier, eh bien les bitcoins sont perdus à jamais coincés dans un compte dont on a perdu la clef ! Non, il n'existe pas de Grand Administrateur Général à qui vous pouvez demander de recevoir un nouveau mot de passe par email ... Bien sur, il existe des sociétés qui vous garderont ce fichier dans un coffre virtuel, protégé par un mot de passe qu'ils pourront vous renouveler. Mais vous avez alors là ré-introduit un tiers de confiance...

Big is beautiful
Le système repose sur le fait qu'un seul agent économique ne peut pas réunir sous son contrôle plus de la moitié de la puissance de calcul totale. Bonne chance donc à tous ceux qui voudront lancer un autre système basé sur la même technologie car au lancement vous êtes très vulnérable. Et plus vous imaginez des transactions rares, plus cela prendra de temps d'atteindre la masse critique. Par exemple si vous décidez de consigner dans un Grand Livre ouvert, une blockchain, tous les contrats que des agents économiques se passent l'un à l'autre, atteindre le millioniène contrat prendra beaucoup plus d'acteurs et de temps qu'il a fallu pour atteindre la millionnième transaction financière. On s'échange plus souvent de l'argent que des contrats.

Comment faire la distribution initiale des bitcoins ?
Idée originale : donnons-les à ceux qui travaillent à faire vivre le système ! Lorsque vous validez un bloc de transactions, pour vous remercier de cet effort, on vous attribue 50 bitcoins. Tous ceux qui travaillaient sur la même validation arrêtent alors leur calcul, et, bien entendu, ne reçoivent rien.
C'est ce qu'on appelle "miner du bitcoin", image finalement assez mauvaise pour dire "valider les transactions en bitcoin de tierces personnes". Ce système s'arrêtera bien entendu une fois que les 21 millions de bitcoin auront été distribués. Il faudra alors, pour inciter les mineurs à continuer de valider des transactions, leur payer des frais de virement. Nous en somme aujourd'hui à environ 14 millions de bitcoins distribués et on estime qu'ils seront quasiment tous distribués vers 2030.

Le délai d'une dizaine de minutes pour valider une transaction est là pour rester.
Le protocole tient compte de l'avancée de la technologie et rend les validation plus complexes au fur et à mesure. C'est dans l'ADN système, ne pas espérer que la loi de Moore va raccourcir ce délai.
Evolution de la difficulté de la validation avec le temps
On peut mettre bien sûr imaginer des intermédiaires locaux qui accélèrent les transactions en acceptant de porter le risque afférent pendant les 10 minutes d'attente. Ces intermédiaires étant, de fait, des tiers de confiance, on retrouve ce que justement bitcoin est conçu pour éviter. Pour éviter les 10 minutes, vous vous en êtes remis à une solution centralisée, adossée à bitcoin, certes, mais bien centralisée.

Le point de vue énergétique
Pour chaque transaction candidate, plusieurs machines sont en concurrence pour la valider, mais une seul sort gagnante. Il en ressort un gaspillage de puissance de calcul, et donc d'énergie, qui croit à mesure que l'écosystème grandit. Ce coût énergétique est le prix à payer pour pouvoir effectuer des transactions entre personnes qui :
  1. ne se font pas confiance l'une envers l'autre, ET
  2. n'ont pas toutes deux confiance dans une entité commune qui puisse garantir la transaction (comme un gouvernement ou une multinationale), ET
  3. n'ont pas le temps ou les moyens d'apprendre à se connaître et se faire confiance petit à petit (avec un premier échange peu risqué, puis en allant crescendo).
Si les trois conditions sont remplies, alors bitcoin est bien pratique, et le prix énergétique de la transaction peut se justifier.
Dans tous les autres cas, la solution avec un tiers de confiance sera, par construction, moins coûteuse (ne nous laissons pas berner par le prix actuel d'un virement bancaire ou d'une transaction CB, ce sont des prix marché, pas des coûts...). Et si l'on est prêt à penser que sur le long terme, ce qui est moins coûteux à produire sera moins onéreux à acheter, les transactions avec confiance restent promises à un bel avenir. Pour ma baguette chez mon boulanger qui me dit bonjour tous les matins, quel sens cela pourrait avoir de mettre au travail des dizaines d'ordinateurs éparpillés sur la planète à faire une course de résolution polynômiale pour valider la transaction ? On se connait bien assez pour ne pas avoir besoin de ça !
La force de Bitcoin est donc de rendre possible des transactions financières (flux marchand) totalement dénuées de flux non marchands : pas de sentiments, pas de connaissance, et surtout ... aucune confiance ! C'est un aboutissement dans la recherche d'isolation des flux que Frederick Taylor à initié avec l'Organisation Scientifique du Travail.
J'ose espérer que nous n'aurons pas trop besoin, à l'avenir, d'effectuer des transactions dénuées de toute confiance. C'est tellement plus agréable de se serrer la main au coeur d'une transaction #H2H !

ET LA SURPRISE : en fait, les btc ne sont PAS numérotés avec un identifiant unique comme les billets de banque... c'est juste pour faciliter le propos que j'ai nommé notre bitcoin #123, le héros de nos aventures. Quand vous dites "Je donne un bitcoin à Bob", comme on a dans le Grand Livre tout l'historique de combien vous en avez gagné et dépensés dans le passé, tout le monde peut s'assurer que votre compte est créditeur, sans avoir besoin de savoir de quelle opération vient précisément ce bitcoin que vous dépensez.

Nota Bene : Cet article n'aurait pas vu le jour sans les explications patientes et passionantes de Gregschlom ! S'il vous a plu, faites-lui part de votre reconnaissance en participant à son crowdfunding de champignon magique pour Burning Man 2015 !

dimanche 14 juin 2015

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La révolution industrielle vue par les 5 flux

Dans l'épisode précédent nous avons découvert les 5 flux, 2 marchands (matériel, financier) et 3 non-marchands (connaissance, sentiments, confiance), un cadre de référence pour les échanges entre individus. Nous allons maintenant explorer comment utiliser cet outil pour interpréter le monde qui nous entoure. Et pour commencer, un peu d'histoire...

Au début de l'ère industrielle, de nombreux inventeurs se pressaient auprès des détenteurs de capital pour leur faire acheter leurs machines à tisser, leurs moteurs à vapeur, et autres. Elles coutaient fort cher à l'achat, bien sur, peut-être 1000 francs-or, mais avec les gains de productivité, dans 3 ans, on s'y retrouve : une fois la machine remboursée, c'est une aubaine ! Le concept d'investissement, et de retour sur investissement, prend son envol.

Las, les investisseurs ne sont pas tranquilles. Les flux non marchands troublent leur sommeil. Car il faut les opérer, ces machines, c'est sale, c'est fatigant, il y a du bruit et des odeurs, et il faut s'y mettre à plusieurs. La solution évidente est d'embaucher un des paysans qui travaillent la terre, mais s'il est de mauvaise humeur, comment lui faire confiance ? S'il casse la machine dès la première semaine d'utilisation, ce sont 1000 francs-or qui partent en fumée ! Le pauvre hère ne pourra pas rembourser une telle somme, lui couper la tête ne changera rien à l'affaire...

C'est un certain Frederick Taylor qui viendra apporter la solution à ce problème : "La machine, nous allons la placer dans une grande maison" dit-il, "que nous allons construire spécialement pour cette occasion. Nous l'appelerons USINE. Et nous ferons la proposition suivante aux paysans : "Tu es ouvrier maintenant, et voici les règles du jeu : quand tu passes la porte de l'usine tu laisses les flux non marchands à la maison. Pas de Sentiments, ce n'est pas professionnel de pleurer au travail. Pas de Confiance, on va signer un contrat à la place, et pour les Connaissances, celles que nous t'apporteront tu feras semblant de ne pas les connaitre au dehors, comme si elles ne pouvaient pas sortir de ces murs."
Ainsi débarrassé des flux non marchands, l'action peut être planifiée, les hommes, se comportant comme des machines, sont faciles à remplacer. On sanctifie la comformité au processus, et on fait des écoles qui préparent la nouvelle génération à cette organisation scientifique du travail.
Ford arrive dans la foulée et met la dernière touche qui complète le système en permettant aux ouvriers de devenir consommateurs, et la boucle est bouclée, faisant au passage émerger ce mur entre vie personnelle et vie professionelle, entrainant les salariés dans la grande schizophrénie pro/perso.

Le système est tellement efficace que la productivité industrielle explose. Les usines se vident de leurs ouvriers, la maitrise des flux de matière et d'argent devient tellement sophistiquée que ça en est pathologique : les pommes chinoises coûtent moins cher au marché de Montmartre que les pommes d'Alsace, et le secteur financier en vient à s'effondrer sur lui-même par excès de sophistication.
Pendant ce temps, notre maitrise des flux non marchands évolue assez peu. Combien d'amis avait une personne de votre CSP, il y a 150 ans ? Surement pas 10 fois moins.
Le TV-Industrial complex de Seth Godin

Mais Internet vient bouleverser tout cela. Plus généralement, l'avènement du numérique, qui rend l'information liquide :
  • granulaire, elle voyage en toutes petites gouttes, en textes de 140 charactères ou de smiley d'un octet.
  • pervasive, elle se glisse quasiment sans frottements et travers les parois les plus épaisses
  • fluide, elle épouse la forme du récipient, le cerveau récepteur, en s'adaptant au format qui vous conviendra le mieux : texte court, long, image, vidéo..

Or l'information est un conteneur qui peut transporter des émotions, de la connaissance, ou de la confiance. Et la révolution numérique voit l'apparition d'énormes plateformes, des autoroutes de l'information qui deviennent une gigantesque infrastructures à faire transiter les flux non-marchands. A mesure qu'ils s'invitent dans les entreprises, le monde en devient plus transparent, perméable. Les salariés, exposés, se retrouvent en quête de sens, et les entreprises se doivent de répondre à ces aspirations.

La Transition numérique, c'est le retour des flux non-marchands dans l'entreprise
La Transition numérique, c'est l'effondrement de la schizophrénie vie pro / vie perso
(Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour tout le monde ...)

lundi 8 juin 2015

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Les 5 flux, une approche systémique des échanges humains

Suite à l'épisode précédent nous sommes repartis d'une société faite d'êtres humains qui interagissent entre eux, oubliant temporairement ces concepts compliqués et arbitraires d'entreprises et de personne morale. Penchons-nous de plus près sur ces interactions ; on en distingue de 5 natures différentes.

Depuis qu'on a inventé la propriété privée, les hommes et les femmes échangent des biens matériels. C'est le premier flux, les échanges de matière.
Le troc a bien marché pendant quelques milliers d'années, mais présentait quand même quelques contraintes qui ont amené l'homme à une nouvelle invention : la monnaie. Equivalent symbolique d'un bien matériel, sa manipulation en est bien plus aisée et permet des échanges décalés dans le temps (J'ai des fraises en mai, tu as des pommes en octobre.), ou des échanges à trois parties ou plus. C'est le second flux : les échanges financiers.

A coté de cela, heureusement, car ne sommes pas des robots, nous avons quotidiennement des échanges plus naturels, organiques, que même les animaux connaissent : transactions de sentiment, de connaissance, de confiance.
Lorsque les lions s'approchent du troupeau de gazelles,
le chef, dépositaire de la confiance,
transmet un message de peur avec la connaissance des lions.
C'est ce qui leur sauve la vie chaque jour.
Ces trois dernier flux, nous les qualifions de non-marchands pour deux raisons simples :
 - d'une part ils ne sont pas quantifiables. On ne peut pas dire "j'ai 12,45 de confiance dans mon docteur", et puis, ça dépend si on parle de réparer une voiture ou soigner ma toux. L'appréciation de leur quantité est laissée à l'appréciation subjective de chacun, et varie donc grandement d'une personne à l'autre.
 - d'autre part ils sont abondants. Je n'ai pas besoin d'enlever ma confiance en Paul pour faire confiance à Jacques, et quand je partage une connaissance, avec 10 personnes, je ne l'oublie pas, elle se multiplie.

Ces deux caractéristiques font des 3 flux non-marchands des grandeurs gênantes pour l'économie, qui est la science de la rareté. Ne se conservant pas hors du corps humain, il est toujours un peu hasardeux de les prévoir et de planifier son action en s'appuyant sur eux. Pourtant, ces grandeurs se travaillent, on peut les développer sciemment, par l'effort, et l'on peut même mettre au point pour chacune plein de différents "trackers", des indicateurs secondaires, qui évoluent dans le même sens et qu'on peut, dans certaines circonstances, considérer comme un bon reflet de la réalité : on peut compter des followers sur Twitter, des albums vendus pour un musicien, etc.  Cependant rien de parfait, rien d'absolu. Et prions pour que ça dure, si le talent était déterministe, le monde serait bien triste.
Une célèbre plateforme consacrée
à 100% aux flux non-marchands.
Oui, mais ...
Non-Marchand n'est peut-être pas le meilleur mot pour les qualifier car on peut bien entendu les "marchandiser" : vendre de la connaissance, de la confiance,  de l'amour... Par exemple, les quelques médecins reconnus comme plus grands experts de leur spécialité, monnayent cette réputation en facturant leur consultation bien au-dessus du barême de la sécurité sociale. Nous appelons ces situation des transactions hybrides : flux de confiance dans un sens, flux d'argent dans l'autre.

On pourrait aussi remarquer que les flux financiers étant des équivalents symboliques de flux d'autre nature, on pourrait les éliminer et s'en sortir avec un modèle à 4 flux. On peut aussi penser enrichir le modèle en cherchant d'autres types de flux. C'est simplement mon expérience pratique qui m'amène à proposer ce modèle à 5 flux, selon le principe de Boucle d'or : "Ni trop, ni trop peu".

Dans cette perspective hautement pragmatique, le terme de modèle n'est pas forcément le plus adapté en ce sens que l'objectif de ce concept n'est pas de refléter au mieux la réalité : il est de fournir un cadre de réflexion qui facilite l'aide à la décision. Il a donc plutôt une vocation d'outil de référence, pour comparer des options et exécuter des choix de vie heureux.

Qu'entend-on par heureux ? Eh bien là non-plus, je ne prétends pas détenir les clefs du bonheur. A défaut, je vous propose de porter nos efforts sur la satisfaction de ceux qui nous entourent, sur les 5 dimensions :
  1. confort matériel, conditons de vie,
  2. confort financier, en l'avenir (les réserves financières sont d'autres flux en devenir)
  3. plaisir quotidien (pas de plaisir sans douleur, il doit bien sur y avoir des moments difficiles)
  4. apprentissage, enrichissement culturel, 
  5. dévelopement relationnel, reconnaissance par les pairs.
Bien entendu, cette satisfaction est toute subjective, il nous faudra donc accepter le ressenti exprimé par chacun, et travailler ensuite ensemble sur comment faire évoluer ce ressenti.

Les 5 flux sont donc un prisme au travers duquel je vous invite à observer vos décisions à prendre dans la vie, petites ou grandes, dans le but de maximiser votre bonheur et celui des gens qui vous entourent.

Dans les prochains billets, nous explorerons au travers d'exemples variés comment cet outil référentiel peut nous aider à interpréter le monde qui nous entoure.

mercredi 3 juin 2015

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L'oeuf ou la poule, je sais pas, mais l'homme ou la boite, je sais !

Hier au salon du bien-être au travail, Vincent Avanzi a monté un panel assez barbare, avec Axelle Tessandier et Raphael Thobie. Au menu bien sur du sens, de l'humanité, de l'authenticité, de la génération Y. En conclusion, il nous a demandé comment on voyait l'entreprise de demain. J'ai fait mon coming out : je pars en campagne pour l'abolition du mot "entreprise". A nouveau monde, nouveaux modèles, à nouveau modèle, nouveaux mots.

Salon Vitaelia, Juin 2015
Rappelons-nous que les entreprises, comme les associations et plus généralement tout ce qu'on appelle "personne morale", ne sont pas des vraies personnes, mais de simples conventions sociales, des constructions mentales partagées, qui nous sont fort utiles pour mieux vivre ensemble, fournissant un échelon intermédiaire entre le bien commun (l'air qui est à tout le monde) et la propriété privée individuelle (celle qui fut inventée par le premier homme qui bâtit une clôture autour d'un terrain en déclarant "cette terre est à moi et tout ce qui en sortira sera à moi").
C'est une convention tellement pratique qu'on a fait des lois pour faciliter la manipulation de ce concept, ce qui permet par exemple d'aller ouvrir un compte en banque au nom d'une personne morale, de lui transférer un responsabilité qui limite celle des hommes, etc.
Ce n'était pas la seule option. Par exemple, on aurait pu imaginer collectivement le concept de "cause", convention de l'esprit tout aussi impalpable, déclarer que ces causes existent, et permettre à tout quidam d'ouvrir un compte en banque au nom de l'égalité des sexes, de la protection des rhinocéros... Evidemment plein de problèmes apparaissent, mais il n'est pas prouvé que ces problèmes soient plus complexes que ceux auxquels nous faisons face avec nos "personnes morales".

Quoi qu'il en soit, organisations ou causes, tout cela n'existe pas, ce qui existe, ce que je peux voir et qui éprouve des sentiments, c'est mon prochain. La brique fondamentale de notre société, c'est l'être humain, toutes les constructions autour sont là pour le servir.

Je vous propose donc de revenir à l'échelle de l'homme, et de ses échanges. Nous verrons de là comment a émergé le modèle de "boite", d'entreprise, et de là, le secret de l'efficacité de l'approche taylorienne.

Puis, en examinant l'impact des nouvelles technologies sur notre monde, je vais essayer de vous convaincre au travers des quelques prochains articles, que la transformation numériques est une dé-taylorisation de l'économie, une dé-fordisation de la société.


lundi 18 mai 2015

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Un réseau social d'entreprise ? Mais oui, bien évidemment nous en avons un !

La transformation numérique passe bien sur par la mise en place d'un réseau social d'entreprise. Dans l'air du temps, qui oserait critiquer pareille initiative ! Pourtant, après quelques années d'efforts d'implémentation, êtes-vous fier de votre réseau social d'entreprise ? Qui passe plus de temps dessus que sur son email ? Je vous épargne la comparaison avec Facebook ... alors, qu'est-ce qui n'a pas marché ? Trop tôt ? Trop tard ? Mauvaise solution ? Mauvaise implémentation ? Mais honnêtement dites-moi : y avez-vous vraiment cru un jour ? Et d'ailleurs, quel résultat attendiez-vous ? Que tout le monde se mette à écrire des billets dignes d'une revue spécialisée de votre secteur quotidiennement ?


L'idée à abattre sur les RSE est de croire que c'est un nouveau mot pour désigner les logiciels de gestion de connaissance (Knowledge Management), où en plus l'on peut avoir des "amis" et liker des articles. Oui, c'est commode de se raccrocher à quelque chose qu'on connaît déjà, mais là, non, ça ne marche pas. On ne peut pas dire "Oh c'est un nouveau buzzword pour un truc qui existe depuis 20 ans".
Malheureusement, si vous avez regardé les comparatifs en ligne ou lu quelques articles, on vous parle de connectivité LDAP, de flux RSS et de fonctionalité microblogging. Bref, de la plomberie. Soyons clair :

Un réseau social est une infrastructure d'échange de flux non-marchands (confiance, sentiment, connaissance) entre individus.

  • Je donne de la confiance quand je like, je commente, je partage.
  • Je partage mes sentiments en m'exprimant librement, en utilisant des smileys, des phrases courtes et spontanées
  • Je partage mes connaissances facilement par petites bribes, de manière ouverte à toute l'entreprise, fréquemment, et de tous les sujets qui me plaisent (sans restriction éditoriale due à mon poste)
Et au travers de tous ces partages, s'installent :
  • des conversations qui nous connectent, nous rapprochent ;
  • de la transparence qui nous fait agir en pleine lumière, de façon responsable ;
  • de la coordination en temps réel qui nous permet de rester en harmonie avec les agissements des autres.
Ensemble, ils contribuent à créer des communautés d'individus soudées par affinité et valeurs communes, et non pas dans une logique métier rationalisée.

Donc comment choisir un bon réseau social d'entreprise ? Les facteurs de succès d'une plate-forme qui marche bien sont :
  • le nombre de nouvelles / jour qu'une personne peut assimiler. D'où l'importance du design de l'interface ;
  • la qualité de ces nouvelles. Attention il s'agit d'une qualité perçue donc subjective : le pourcentage d'employés qui reçoivent plus de 80% de choses qui les intéressent ;
  • l'impact sur le temps de travail productif. Un bon RSE se doit de prendre le moins de temps de travail efficace (les heures où vous êtes au calme devant votre bureau) et vous permettre de profiter des moments "masqués", les temps morts (déplacements par exemple, dans le train, dans l'ascenseur...) ;
  • la capacité à s'adapter aux modes de consommation du plus grand nombre en choisissant le bon format pour chacun.
Autrement dit un bon RSE c'est une plateforme qui sait collecter puis re-distribuer la bonne information à la bonne personne au bon endroit dans le bon format. Facile à dire, autre chose à faire ! Imaginez une société de 10 000 personnes où chacun produit disons 10 événements sur la plate-forme par jour (check-in, humeurs, commentaires, likes, photos, posts automatiques, réservations de ressources, planification de rencontres... ça va très vite !), cela fait 100 000 news par jour. Par expérience, un individu ayant une capacité d'absorption de l'ordre de 100 news/jours (100 mails /jour, 100 posts Facebook/jour...), cela signifie que l'algorithme doit trouver parmi les 100 000 news, les 0,1% les plus intéressantes pour vous. Si vous vous absentez une semaine, il faudra alors trouver les 100 parmi 500 000, soit 0,02% !

Comment s'y prend-il, cet algorithme ? Eh bien dans les grandes lignes :
  1. il part de vos informations de profil, que vous avez indiquées explicitement : votre équipe, vos centres d'intérêt, votre titre, vos "amis" désignés sur le réseau.
  2. il ajoute les informations implicites dont il dispose sur vous : votre position géographique, les personnes avec qui vous échangez le plus souvent, les noms qui sont dans votre carnet d'adresse, les messages que vous commentez le plus, que vous likez, que vous partagez ... tout cela forme un faisceau d'indices, de petits signaux faibles qui permettent, en les accumulant de se faire une bonne idée de vos centres d'intérêts, donc constituer votre alter ego virtuel, une sorte de "portrait-robot" représentant un modèle de vos pensées.
  3. enfin pour chaque nouvelle, chaque événement produit sur la plate-forme, l'algorithme procède à un "scoring", un test de proximité, pour déterminer si il va vous intéresser ou pas. Chaque jour, les 100 meilleurs scores finissent sur votre fil d'actualité. Si vous sautez un jour, le scoring recommence à zéro, avec une décote de pondération pour les informations de la veille, obsolescence oblige.
Le cas Facebook : cliquez l'image pour une explication plus détaillée de Edgerank.
Ca, c'est pour le principe. En pratique il semble que la mise en oeuvre requière de très très gros cerveaux (comme celui de Yann LeCun), ce qui me fait penser que, sans avoir effectué un comparatif poussé, très peu d'acteurs du secteur peuvent avoir une proposition sérieuse. J'invite tous ceux qui souhaitent installer un RSE à challenger leurs fournisseurs sur ce terrain, et non pas sur les fioritures de la feature list.

Et en attendant de vous équiper, ne faites pas croire à vos collègues que votre CMS avec un bouton 'like' est un RSE. C'est une illusion qui fait du tort à tout le monde. Je vous laisse méditer sur cette citation de Cory Doctorow :

"Conversation is King, Content is just something to talk about"

jeudi 14 mai 2015

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6 astuces pour bien rater l'implémentation de votre Réseau Social d'Entreprise

Ceci est le premier de la mini-série "La Transformation Numérique Digitale (avec les doigts !)", considérations pratiques à l'attention de ceux qui se soucient de l'avenir de leur organisation et le rôle qu'elle pourrait jouer dans le monde qui vient.

1. Ne laisser aucune chance au hasard
Il faut autoriser le partage le plus large par défaut, en rendant simple le partage à tous et compliqué le partage restreint. Si on ne laisse pas l'algorithme décider de qui lit quoi en étant permissif sur les autorisations d'accès, alors vous êtes simplement en train d'écrire un mail. Mais en moins pratique. La magie du RSE opère quand quelqu'un tombe "par hasard" sur une info qui lui est très utile alors que vous n'aviez pas pensé à lui en parler.

2. Définir une ligne éditoriale ferme
Rien de tel pour briser les élans contributifs (et l'ambiance) que de saquer le premier qui poste un chat ou une annonce pour vendre sa moto. "Ah c'est interdit ? Mais alors qu'est-ce qui est autorisé, où est la limite ? Bon dans le doute, je ne vais plus rien poster c'est la meilleure façon de ne pas me faire taper sur les doigts." Je sais, c'est dur parfois, mais il faut se mordre la lèvre, penser à nos sacro-saints principes de liberté d'expression, et faire confiance à la dynamique de groupe pour, progressivement, créer une connivence éditoriale qui va implicitement ajuster le dialogue au niveau que vous méritez.

3. Garantir un contenu de qualité
Bien filtrer avant de publier, tout vérifier pour ne pas dire de bêtise, montrer du doigt ceux qui se trompent pour justifier d'inviter vos collaborateurs à vous montrer leurs brouillons pour approbation : voilà la meilleure façon de restreindre le dialogue (puisqu'il a lieu avant publication, en petit comité), d'empêcher les débats contradictoires (ce qui est publié est déjà validé, à quoi bon en débattre ?), et enfin de limiter le flux puisque vous créez un magnifique goulot d'étranglement. Avec un peu de malchance, la relecture est confiée à un responsable de comm qui a son propre agenda (ne pas faire de vagues et plaire au chef pour ne pas se faire virer), et qui va bien édulcorer le tout pour ne rien laisser passer qui puisse lui poser des problèmes.


4. Définir clairement les rôles
Identifier des personnes pour qu'elles contribuent en contenu est un signal fort à tous les autres comme quoi ils sont priés de la fermer. Toujours rappeler qui est qui, surtout du point de vue hérachique (par exemple en rappelant systématiquement les titres des gens sous leur nom) est une très bonne manière de s'assurer que personne ne va challenger personne ou apporter de point de vue nouveau.
Et surtout, ne pas sortir des clous : mettre tout ce qu'on écrit dans la perspective de sa propre fiche de poste, sans jamais sortir de son périmètre, on risquerait de se fâcher... alors que si on ne parle que de sujets où l'on est souverain, personne ne pourra venir vous embêter... mais au fait, ça sert à quoi de le partager s'il n'y a que vous que cela concerne ? 

5. Eviter les paroles en l'air
"C'est impossible, ça n'arrivera jamais donc n'en parlons même pas". S'interdire de rêver. Quel drame. Un RSE est fait pour échanger des sentiments, développer la confiance, partager des idées. Ce que vous écrivez sert aux autres à mieux vous connaître, pas nécessairement à déclencher une action. Et c'est en partageant des rêves qu'on crée la solidarité d'un sens commun. Vous entraîner à publier votre idée formulée par écrit est aussi un exercice dont vous tirerez vous-même un bénéfice supérieur à l'effort en temps que cela vous coûte. Et n'oubliez pas que si votre idée n'intéresse personne, personne n'est obligé de la lire ! C'est l'algorithme qui a cette responsabilité de choisir qui lit quoi, pas vous. Donc ne culpabilisez pas sur votre prose, soyez prolixe !

6. Tout bien ranger et classifier
L'histoire de Google vs Yahoo nous a appris la supériorité des moteurs de recherche sur la classification manuelle. Tout au long de la vie de votre RSE, vous accumulez une quantité d'information considérable mais dans lequel un capital intellectuel précieux se niche au milieu d'informations plus anecdotique ou épĥémères. L'effort de catégoriser, trier, ranger a priori doit être limité au maximum car il freine la vélocité de publication du contenu. Par contre, il est impératif d'avoir un moteur de recherche particulièrement puissant et rapide pour pouvoir exploiter au mieux la masse d'information déjà enregistrée.

Avec les doigts !