dimanche 27 septembre 2015

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La loi République Numérique

Déçu du système, vous trouvez que votre vote ne vaut plus rien ? Vous doutez de l'engagement du député censé vous représenter ? Avant d'être mauvaise langue, allez donc vérifier son activité... bref il n'empêche, Axelle Lemaire nous propose d'essayer autre chose : participer directement à l'élaboration du projet de loi, en toute transparence. Plus besoin d'avoir fait l'ENA ou de s'acheter un cabinet de lobbying pour savoir ce qui se prépare ! Ni d'éplucher à la main les arides réglements européens que cette loi met en oeuvre.


Si ça marche, énorme barbarisation du système : imaginez une proposition de loi qui arrive au parlement avec déjà l'approbation de disons 2 millions de citoyens ...
"Salut alors voilà on a eu une idée, on vous propose de la voter, nous et nos 2 millions de copains... Bon faites comme vous voulez hein mais à votre place je les énerverais pas trop, surtout que les 50 députés que je vois là dans la salle vous devez royalement peser 200 000 votes tout cumulé, alors bon, j'dis ça j'dis rien.."

Mais de quoi elle va parler, cette loi ?
Pour ceux qui se demandent de quel périmètre on parle avec ce projet de loi "République numérique" (qui a vachement plus de gueule que "Loi Lemaire", il faut bien le dire. #noego)
Le présent projet de loi comporte plusieurs dispositions [..] selon trois axes :
1. Favoriser la circulation des données et du savoir :
 - renforcer et élargir l’ouverture des données publiques engagée par l’Etat et les collectivités territoriales depuis plusieurs années ;
 - créer un service public de la donnée ;
 - introduire la notion de données d’intérêt général, pour optimiser l’utilisation des données aux fins de l’intérêt public ;
 - développer l’économie du savoir ;
A noter en particulier la définition de "données d’intérêt général" :  la loi doit veiller à éviter la prédation des données publiques par une petite poignée de plateformes (regard appuyé vers la Californie..). Par exemple imaginez que l'IGN partage toutes ses cartes en open data. Google les pioche, les met dans son app, merci aurevoir. Ensuite comme Google a non seulement des voitures mais surtout une alliance avec la multitude qui enrichit et corrige les données, rapidement l'IGN se retrouve désuette et n'aura servi que de marchepied pour faire gagner du temps à Google :-(. Ceci n'est pas une fiction.
2. œuvrer pour la protection des individus dans la société du numérique :
 - favoriser un environnement ouvert en affirmant le principe de neutralité des réseaux et de portabilité des données ;
 - établir un principe de loyauté des plateformes de services numériques
 - introduire de nouveaux droits pour les individus dans le monde numérique, en matière de données personnelles et d’accès aux services numériques ;
A noter ici la "loyauté des plateformes" : devenues des monopoles naturels grâce à l'effet réseau qui favorise les plus grands, les plate-formes peuvent écraser les lois nationales. Ah, et aussi manipuler nos opinions et nos comportements. Bon le souci c'est que bien sur on est dans écosystème mondialisé et qu'on n'a pas tellement de levier sur la petite poignée d'individus qui les contrôlent (deuxième regard appuyé...).
3. garantir l’accès au numérique pour tous :
 - en favorisant l’accessibilité aux services numériques publics ;
 - en facilitant l’accès au numérique par les personnes handicapées.
 - en maintenant la connexion internet pour les personnes les plus démunies
Là il faut expliquer à nos chers FAI (fournisseurs d'accès à Internet) que l'accès universel n'est pas une option. La question c'est juste est-ce que c'est eux qui vont le faire, ou est-ce qu'ils vont laisser d'autres gens (regardés avec appui) le fournir avec des ballons, des drones, des fibres posées à leur frais, la techno BeBound, ou que sais-je. En tout cas ça serait bien de ne pas se taper la honte de passer en quelques années derrière tous les pays émergents en terme d'accès au net (qui eux auront accueilli les ballons à bras ouverts).

Hum ça m'a l'air bien ficelé tout ça. Qu'est-ce qu'il reste à faire ?
Alors bien sur on sait qu'on a des réglement européens à transcrire en loi locale, et on sait déjà ce qu'on veut mettre dans la loi, alors à quoi rime l'exercice ? Et bien le diable est dans les détails. Par exemple : la loyauté des plateformes doit-elle être une simple obligation d'information ou faut-il aller plus loin ? Dans le premier cas quid des plateformes qui ne sont pas visibles par l'utilisateur (comme Criteo par exemple). Et l'obligation d'information concerne-t-elle la simple existence d'un lien commercial ("j'ai été payé pour te recommander ce produit") ou plus comme l'information que la plateforme a sur moi et les intérêts indirects ("Je te recommande cet hotel familial car je sais que tu as des enfants et je connais ton budget ; cet hotel ne me paye pas mais toutes les compagnies aériennes qui vont dans ce pays me payent").

Oui mais à quoi ça sert que je m'en mêle ?
Bon ok, vous n'avez pas forcément envie de vous plonger là-dedans, il y a des experts pour ça. C'est un peu comme pour le vote au fond, on n'a pas trop envie d'y aller parce qu'on sait pas trop ce que les candidats vont faire, les programmes sont nébuleux, la mauvaise foi prégnante, ça prendrait trop de temps de se renseigner en détail et puis tout vérifier c'est un vrai boulot mine de rien. Bah oui, c'est le jeu de la démocratie. Et c'est vrai qu'avant voxe.org, c'était vraiment compliqué.

Donc faut y aller. Il faut se connecter (facile, y'a un Facebook login !), et cliquer sur les articles qui vous paraissent important : neutralité du net, loyauté des plateformes, service universel, ouverture des données, mort numérique ... En exprimant votre soutien (ou pas) à chaque article, même si vous ne l'avez pas lu, vous exprimez l'importance que vous lui accordez, et ça, ça n'est pas anodin. Même sans écrire un seul mot, par votre "like" par cette mise en relief, vous participerez à écrire la loi !

C'est quand même un peu aride tout ça...
Oui pour aller plus loin, c'est sur, je vous recommande de vous en remettre à un expert. Mais pas n'importe quel expert non, quelqu'un que vous connaissez, en qui vous avez confiance. Peut-être qu'il ne passe pas à la télé mais vous, vous savez qu'il a la tête sur les épaules, et en plus, le fin du fin, il vous répondra si vous avez une question. Cet expert, c'est votre ami Facebook qui a déjà voté ! C'est ce qu'on appelle le filtre social :
1. Vous allez sur la plateforme voir la liste des participants
2. Trouvez quelqu'un que vous connaissez
3. Regardez son activité, les arguments qu'il a laissé, ses votes.
4. Si un sujet vous interpelle, vous pouvez remonter à l'article et exprimer votre vote, puis revenir à la page de votre ami.
5. Si vous voulez faire un "supervote" parce que l'article vous semble mériter de l'attention, ajoutez un "argument" de sorte que les gens qui viendront voir votre profil pourront à leur tour constater que vous lui attachez une importance particulière.
6. Niveau ultime : vous pouvez même partager un article sur votre Facebook.
7. Revenez dans 1 semaine, d'autres amis seront passés !

Essayez vous allez voir, vous allez découvrir les opinions de vos amis, je suis sur qu'il y aura des surprises, des discussions passionantes, vous les connaitrez un peu mieux, vous serez un peu plus proches, et ça, c'est du bonus, rien que pour vous !


Pour plus de détails :
En 9 dessins dont un burger
Article Numerama 
Projet de loi numérique : une méthode inédite - vidéo dailymotion