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mercredi 23 mars 2016

Un site web ? Très bien. Mais vous ne voudriez pas plutôt une communauté engagée ?

Chers tous,

A la fin de notre réunion, j'ai beaucoup apprécié le tour de table de feedbacks. Je reste néanmoins dans l'inconfort d'un léger sentiment de culpabilité de n'avoir pas pu/osé vous donner mon propre retour complet, alors j'ai pensé vous le faire présentement, par écrit.

En tant qu'association, que groupe social déjà formé, votre communauté existe déjà. Il semble même que la ou les cause(s) qui la font vivre sont clairement conscientisées voire identifiées. La création d'un outil pour la supporter peut être vue comme visant à la faire vivre dans le monde numérique, (donc de la "créer" sur internet), mais au final il s'agit surtout de la renforcer dans ces autres mondes intangibles que sont les coeurs et les esprits de ses membres. Les critères de succès à rechercher sont donc plus des symptômes de l'engagement (nombre d'interactions, intensité de ces interactions) que dans un périmètre fonctionnel (nombre et complexité des fonctionnalités livrées).

Pour faire réussir un projet de renforcement d'une communauté par le numérique, il est fortement avisé d'avoir soit dans l'équipe, soit dans l'accompagnement de votre équipe des personnes versées dans la gestion des communautés augmentées par le numérique. Une bonne indication serait qu'ils aient un score Klout supérieur à 50 par exemple. Ou quelqu'un qui sache expliquer pourquoi Klout c'est pas bien via sa propre théorie de l'engagement. Je vous invite à identifier cet expert qui va pouvoir vous faire bénéficier de son expérience dans les relations sociales en ligne.

Il est également important d'identifier un "champion" de votre cause, la personne engagée dont on sent qu'elle a un investissement personnel fort dans la cause qui fédère la communauté. S'identifiant tellement à elle qu'elle se sent légitime pour parler en son nom. Le community management ce n'est pas un stagiaire qu'on recrute à postériori pour tweeter du contenu éditorial, c'est plutôt le coeur du réacteur, incarné par le premier militant qui a épuisé toutes les moyens possibles pour exécuter sa mission à la main, et qui rêve d'un outil pour pouvoir intensifier l'impact de son action.

Il ne faut pas forcément beaucoup de moyens pour démarrer un mouvement...

A défaut d'avoir ce "premier influenceur" (mais franchement il semble difficile de faire sans : quelle secte n'a pas de gourou ? Quelle organisation n'a pas de leader ? Quel mouvement n'a pas ses meneurs ?), si on a déjà un outil existant il est tentant d'aller voir les utilisateurs pour leur demander ce qu'ils en pensent et comment l'améliorer. Simplement attention dans ce cas à garder à l'esprit cette citation attribuée à Henry Ford : "Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu des chevaux plus rapides". Car votre communauté, pleine de bonne volonté, essaie 1. de rester dans le sujet et donc si on leur montre un webzine, ils vont rester dans le cadre webzine 2. de vous faire "plaisir" en cherchant "la bonne réponse" et donc proposer des améliorations en incrément de l'existant. Ils vous disent "il faudrait plus de personnalisation". Ils pensent en fait : "Si il fallait rester dans le format webzine et faire un meilleur webzine, il faudrait plus de personnalisation". Et ils oublient de vous dire "De toute façon même une fois bien personnalisé, j'admettrai que c'est un bon webzine, mais je ne le lirai pas plus pour autant..." Certains promettent pourtant, très sincèrement sur le coup, qu'ils le liront ... ils auront beau jeu plus tard de dire que ce n'est pas encore assez bien personnalisé. Moi qui n'aime pas la télé, montrez moi une émission je peux vous suggérer plein d'idées pour l'améliorer : je ne regarderai pas plus la télé pour autant.

J'ai ressenti une certaine frustration face à mon incapacité à vous projeter dans un futur qui vous séduise. C'est malheureusement un travers typique des appels d'offres en aveugle. Le manque d'intimité avec votre projet ne nous permet pas de vous proposer en confiance une solution qui va créer l'engagement que vous recherchez dans votre communauté. Vous nous demandez si on sait faire de la plomberie, on vous a répondu que oui. Mais si vous vouliez une idée de design pour votre cuisine, il fallait nous inviter chez vous ! Car il nous faut voir les dimensions, les entrées de lumière, la circulation, l'agencement des pièces autour...

Par exemple, voici en vrac quelques idées d'apps toutes simples de vous pourriez proposer à votre communauté pour en renforcer la cohésion :

  1. "Joyeux anniversaire !" : une app qui aide chacun à se souvenir de qui c'est l'anniversaire aujourd'hui, et, en fonction de ma proximité avec cette personne, je me vois proposer un choix d'engagement possible allant de "passer outre" à "prendre rendez-vous" en passant par "laisser un petit message" et "envoyer un like".
  2. "Je suis dans ta ville" : quand je voyage disons à Pékin, l'app le détecte par géolocalisation, et me propose d'envoyer une notification à tout ou partie des membres de la communauté déjà basés à Pékin.
  3. "Causons entre nous" : une application de chat propriétaire pour la communauté, dans laquelle ils se sentiront plus en intimité qu'avec les outils publics à la confidentialité douteuse. Tous les profils sont authentifiés, pas d'anonymat. Le contrôle de la plateforme permet d'intégrer des fonctions avancées (par exemple créer des cagnottes pour se cotiser à cadeau commun..)
  4. "Le Majordome" : un "bot" avec lequel les membres de la communauté peuvent interagir en langage semi-naturel, via une plateforme de chat (potentiellement celle du point 3 mais pas forcément : il peut être présent sur plusieurs canaux). Il peut alors offrir des services de mise de relation, de recherche dans l'annuaire de la communauté, voire des services plus complexes de type conciergerie, avec au besoin une assistance par un opérateur humain.
La liste est loin d'être exhaustive... échange de bons plans, petites annonces, entraide... pour trouver les 2-3 services qu'il faut lancer en premier, il faut une connaissance de votre communauté dont je ne saurais me prévaloir. Et à ce titre, il faut prendre ces idées pour ce qu'elles sont : des exemples. Il faut remarquer également que l'appétence pour la plupart de ces idées peut très bien se tester sans écrire une seule ligne de code, en opérant le service à la main, à petite échelle, pour voir.

En guise de conclusion je citerais un penseur canadien, Cory Doctorow : "Content isn’t king. If I sent you to a desert island and gave you the choice of taking your friends or your movies, you would choose your friends…. If you chose your movies, we would call you a sociopath. Conversation is King, content is just something to talk about". Le contenu qui va fidéliser vos utilisateurs, c'est le contenu qui va leur fournir l'occasion de créer ou d'améliorer leurs connections à d'autres personnes physiques, en chair et en os, dans ou près de votre communauté, car il leur permet d'exprimer qui ils sont, ce qu'ils pensent, ou ce qu'ils aiment.


Et pour continuer la conversation, voici quelques articles récents pertinents dans ce contexte :

samedi 10 octobre 2015

Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.

Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.
Certains d’entre nous ne votent plus du tout, d’autres votent blanc, ceux qui votent encore le font par défaut, avec tristesse ou colère.
Nous nous sentons piégés par un système politique qui ne nous respecte pas, ne nous entend pas, et depuis quelques temps, nous dégoûte même par ses frasques, ses renoncements, ses promesses jamais tenues, ses mensonges, ses trahisons, son inhumanité.
Nous sommes multiples.
Nous sommes tous différents.
Nous ne sommes pas d’accord sur tout. Et c’est ça notre richesse. Nos expériences de vie montrent qu’il y a tant de chemins pour atteindre des résultats concrets.
Nous voulons expérimenter. Pas à pas.
Nous sommes en mouvement.
Nous avons arrêté de regarder vers le haut avec espoir. Il n’y a plus rien à attendre de ceux qui nous gouvernent. Nous en constatons l'échec, nous le disons sans haine, ni colère.
Et finalement, ils échouent les uns après les autres, car les règles datent des siècles passés, elles ne sont plus adaptées.
Nous ne voulons plus signer de chèque en blanc à des partis politiques.
Nous allons construire une offre politique qui ressemble au monde que nous dessinons jour après jour : libre, connecté, coopératif, interdépendant, concret.
Nous voulons que chacun de nos actes soit émancipateur pour nous tous.
Nous voulons prendre notre place à la table des décisions.
Nous voulons co-construire le monde tel que nous, les gens, l'aurons décidé.
Nous nous mettons en marche de manière collective, horizontale, débarrassée des quêtes de pouvoirs personnelles et des postures partisanes stériles.
Nous allons entrer à l’Assemblée Nationale.
En juin 2017.
Pas dans le poulailler, là où nous sommes parqués aujourd’hui, ou devant notre télé.
Non, nous allons entrer pour de vrai. Gagner des sièges, des circonscriptions.
> Nous voulons faire entrer la Démocratie dans l’ère de la multitude, de l’interdépendance, du partage et de la coopération.
> Nous développons des méthodes et des outils d’intelligence collective pour donner à tous les citoyens les capacités de s’approprier les enjeux, de se porter candidat, de proposer et de voter les lois.
> Nous expérimenterons ces nouvelles pratiques en faisant élire lors de l’élection législative de 2017 des volontaires formés et tirés au sort qui relaieront les décisions de leurs électeurs pendant 5 ans.
A plein de femmes et d’hommes, nous serons plus intelligents qu’un seul être humain. Surtout qu’il est prisonnier aujourd’hui à l’Assemblée des logiques de partis
Nos députés ne seront pas seuls face aux lobbies ou aux experts. La force du nombre leur permettra d'affronter la puissance de l'institution.
Emanation de leurs électeurs, députés aux milles visages, les nôtres; ils seront le prolongement de notre volonté individuelle.
Nous déciderons collectivement ce que le député votera.
Pas sur une loi.
Non, sur toutes les lois.
Pendant 5 ans. A chaque fois qu’un sujet nous passionnera.
A chaque fois qu’une loi heurtera nos libertés, nos valeurs, nos principes.
Plus jamais sans nous.
Cette idée, c’est essayer la « démocratie » au sens propre.
En 2017 nous entrons à l'Assemblée avec suffisamment de sièges pour pouvoir démarrer une expérience inédite.
Le monde se construit déjà avec nous. Où que nous soyons, nous avons déjà pris nos responsabilités. Dans nos vies professionnelles, associatives, dans nos familles, dans nos quartiers, nos immeubles, les conseils d’école, nous sommes déjà debout à donner le meilleur de nous-mêmes pour le bien commun.
Comme énormément de Français nous aimons la politique, nous aimons débattre, nous aimons participer, nous voulons faire quelque chose qui nous dépasse.
Dans le monde entier des mouvements naissent, répondant tous à la même soif de démocratie. Allemagne, Mexique, Argentine, Italie, Espagne, Islande, Grèce, Irlande, Canada, Tunisie et dans des villes et villages français.
Partout dans le monde des initiatives portent la volonté des Peuples à prendre leur place à la table des décisions.
Et nous, ici sommes-nous prêts ?

dimanche 14 juin 2015

La révolution industrielle vue par les 5 flux

Dans l'épisode précédent nous avons découvert les 5 flux, 2 marchands (matériel, financier) et 3 non-marchands (connaissance, sentiments, confiance), un cadre de référence pour les échanges entre individus. Nous allons maintenant explorer comment utiliser cet outil pour interpréter le monde qui nous entoure. Et pour commencer, un peu d'histoire...

Au début de l'ère industrielle, de nombreux inventeurs se pressaient auprès des détenteurs de capital pour leur faire acheter leurs machines à tisser, leurs moteurs à vapeur, et autres. Elles coutaient fort cher à l'achat, bien sur, peut-être 1000 francs-or, mais avec les gains de productivité, dans 3 ans, on s'y retrouve : une fois la machine remboursée, c'est une aubaine ! Le concept d'investissement, et de retour sur investissement, prend son envol.

Las, les investisseurs ne sont pas tranquilles. Les flux non marchands troublent leur sommeil. Car il faut les opérer, ces machines, c'est sale, c'est fatigant, il y a du bruit et des odeurs, et il faut s'y mettre à plusieurs. La solution évidente est d'embaucher un des paysans qui travaillent la terre, mais s'il est de mauvaise humeur, comment lui faire confiance ? S'il casse la machine dès la première semaine d'utilisation, ce sont 1000 francs-or qui partent en fumée ! Le pauvre hère ne pourra pas rembourser une telle somme, lui couper la tête ne changera rien à l'affaire...

C'est un certain Frederick Taylor qui viendra apporter la solution à ce problème : "La machine, nous allons la placer dans une grande maison" dit-il, "que nous allons construire spécialement pour cette occasion. Nous l'appelerons USINE. Et nous ferons la proposition suivante aux paysans : "Tu es ouvrier maintenant, et voici les règles du jeu : quand tu passes la porte de l'usine tu laisses les flux non marchands à la maison. Pas de Sentiments, ce n'est pas professionnel de pleurer au travail. Pas de Confiance, on va signer un contrat à la place, et pour les Connaissances, celles que nous t'apporteront tu feras semblant de ne pas les connaitre au dehors, comme si elles ne pouvaient pas sortir de ces murs."
Ainsi débarrassé des flux non marchands, l'action peut être planifiée, les hommes, se comportant comme des machines, sont faciles à remplacer. On sanctifie la comformité au processus, et on fait des écoles qui préparent la nouvelle génération à cette organisation scientifique du travail.
Ford arrive dans la foulée et met la dernière touche qui complète le système en permettant aux ouvriers de devenir consommateurs, et la boucle est bouclée, faisant au passage émerger ce mur entre vie personnelle et vie professionelle, entrainant les salariés dans la grande schizophrénie pro/perso.

Le système est tellement efficace que la productivité industrielle explose. Les usines se vident de leurs ouvriers, la maitrise des flux de matière et d'argent devient tellement sophistiquée que ça en est pathologique : les pommes chinoises coûtent moins cher au marché de Montmartre que les pommes d'Alsace, et le secteur financier en vient à s'effondrer sur lui-même par excès de sophistication.
Pendant ce temps, notre maitrise des flux non marchands évolue assez peu. Combien d'amis avait une personne de votre CSP, il y a 150 ans ? Surement pas 10 fois moins.
Le TV-Industrial complex de Seth Godin

Mais Internet vient bouleverser tout cela. Plus généralement, l'avènement du numérique, qui rend l'information liquide :
  • granulaire, elle voyage en toutes petites gouttes, en textes de 140 charactères ou de smiley d'un octet.
  • pervasive, elle se glisse quasiment sans frottements et travers les parois les plus épaisses
  • fluide, elle épouse la forme du récipient, le cerveau récepteur, en s'adaptant au format qui vous conviendra le mieux : texte court, long, image, vidéo..

Or l'information est un conteneur qui peut transporter des émotions, de la connaissance, ou de la confiance. Et la révolution numérique voit l'apparition d'énormes plateformes, des autoroutes de l'information qui deviennent une gigantesque infrastructures à faire transiter les flux non-marchands. A mesure qu'ils s'invitent dans les entreprises, le monde en devient plus transparent, perméable. Les salariés, exposés, se retrouvent en quête de sens, et les entreprises se doivent de répondre à ces aspirations.

La Transition numérique, c'est le retour des flux non-marchands dans l'entreprise
La Transition numérique, c'est l'effondrement de la schizophrénie vie pro / vie perso
(Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour tout le monde ...)

lundi 8 juin 2015

Les 5 flux, une approche systémique des échanges humains

Suite à l'épisode précédent nous sommes repartis d'une société faite d'êtres humains qui interagissent entre eux, oubliant temporairement ces concepts compliqués et arbitraires d'entreprises et de personne morale. Penchons-nous de plus près sur ces interactions ; on en distingue de 5 natures différentes.

Depuis qu'on a inventé la propriété privée, les hommes et les femmes échangent des biens matériels. C'est le premier flux, les échanges de matière.
Le troc a bien marché pendant quelques milliers d'années, mais présentait quand même quelques contraintes qui ont amené l'homme à une nouvelle invention : la monnaie. Equivalent symbolique d'un bien matériel, sa manipulation en est bien plus aisée et permet des échanges décalés dans le temps (J'ai des fraises en mai, tu as des pommes en octobre.), ou des échanges à trois parties ou plus. C'est le second flux : les échanges financiers.

A coté de cela, heureusement, car ne sommes pas des robots, nous avons quotidiennement des échanges plus naturels, organiques, que même les animaux connaissent : transactions de sentiment, de connaissance, de confiance.
Lorsque les lions s'approchent du troupeau de gazelles,
le chef, dépositaire de la confiance,
transmet un message de peur avec la connaissance des lions.
C'est ce qui leur sauve la vie chaque jour.
Ces trois dernier flux, nous les qualifions de non-marchands pour trois raisons simples :
 - ils ne sont pas quantifiables. On ne peut pas dire "j'ai 12,45 de confiance dans mon docteur", et puis, ça dépend si on parle de réparer une voiture ou soigner ma toux. L'appréciation de leur quantité est laissée à l'appréciation subjective de chacun, et varie donc grandement d'une personne à l'autre.
 - ils sont abondants. Je n'ai pas besoin d'enlever ma confiance en Paul pour faire confiance à Jacques, et quand je partage une connaissance, avec 10 personnes, je ne l'oublie pas, elle se multiplie.
 - ils sont impermanents. Je ne sais pas de quelle humeur je serai demain matin en me levant.   

Ces trois caractéristiques font des 3 flux non-marchands des grandeurs gênantes pour l'économie, qui est la science de la rareté. Ne se conservant pas hors du corps humain, il est toujours un peu hasardeux de les prévoir et de planifier son action en s'appuyant sur eux. Pourtant, ces grandeurs se travaillent, on peut les développer sciemment, par l'effort, et l'on peut même mettre au point pour chacune plein de différents "trackers", des indicateurs secondaires, qui évoluent dans le même sens et qu'on peut, dans certaines circonstances, considérer comme un bon reflet de la réalité : on peut compter des followers sur Twitter, des albums vendus pour un musicien, etc.  Cependant rien de parfait, rien d'absolu. Et prions pour que ça dure, si le talent était déterministe, le monde serait bien triste.
Une célèbre plateforme consacrée
à 100% aux flux non-marchands.
Oui, mais ...
Non-Marchand n'est peut-être pas le meilleur mot pour les qualifier car on peut bien entendu les "marchandiser" : vendre de la connaissance, de la confiance,  de l'amour... Par exemple, les quelques médecins reconnus comme plus grands experts de leur spécialité, monnayent cette réputation en facturant leur consultation bien au-dessus du barême de la sécurité sociale. Nous appelons ces situation des transactions hybrides : flux de confiance dans un sens, flux d'argent dans l'autre.

On pourrait aussi remarquer que les flux financiers étant des équivalents symboliques de flux d'autre nature, on pourrait les éliminer et s'en sortir avec un modèle à 4 flux. On peut aussi penser enrichir le modèle en cherchant d'autres types de flux. C'est simplement mon expérience pratique qui m'amène à proposer ce modèle à 5 flux, selon le principe de Boucle d'or : "Ni trop, ni trop peu".

Dans cette perspective hautement pragmatique, le terme de modèle n'est pas forcément le plus adapté en ce sens que l'objectif de ce concept n'est pas de refléter au mieux la réalité : il est de fournir un cadre de réflexion qui facilite l'aide à la décision. Il a donc plutôt une vocation d'outil de référence, pour comparer des options et exécuter des choix de vie heureux.

Qu'entend-on par heureux ? Eh bien là non-plus, je ne prétends pas détenir les clefs du bonheur. A défaut, je vous propose de porter nos efforts sur la satisfaction de ceux qui nous entourent, sur les 5 dimensions :
  1. confort matériel, conditons de vie,
  2. confort financier, en l'avenir (les réserves financières sont d'autres flux en devenir)
  3. plaisir quotidien (pas de plaisir sans douleur, il doit bien sur y avoir des moments difficiles)
  4. apprentissage, enrichissement culturel, 
  5. dévelopement relationnel, reconnaissance par les pairs.
Bien entendu, cette satisfaction est toute subjective, il nous faudra donc accepter le ressenti exprimé par chacun, et travailler ensuite ensemble sur comment faire évoluer ce ressenti.

Les 5 flux sont donc un prisme au travers duquel je vous invite à observer vos décisions à prendre dans la vie, petites ou grandes, dans le but de maximiser votre bonheur et celui des gens qui vous entourent.

Dans les prochains billets, nous explorerons au travers d'exemples variés comment cet outil référentiel peut nous aider à interpréter le monde qui nous entoure.

samedi 17 janvier 2015

(ré-)Apprendre à vivre ensemble

Quand je vivais au Vietnam, le SDF qui dormait dans ma rue n'avait aucune rancoeur, aucune jalousie à notre égard. On se parlait souvent, et le jour où on a oublié notre clef sur la porte, dans la rue, il l'a prise pour la garder et a attendu dehors que l'on revienne pour nous la rendre. A Paris, je ne dis pas bonjour au Roms qui dorment devant ma porte. J'évite leur regard et je n'ose même pas imaginer la possibilité de leur confier les clefs de mon domicile. J'ai un peu honte, mais je gère ma conscience, je me dis qu'on a des gens pour s'occuper d'eux.

La société que nous avons construite est conçue pour que nous vivions côte à côte, et non pas ensemble. L'Etat, les institutions, les entreprises, se chargent de réguler tout cela, strate par strate, faisant ce qu'ils peuvent pour nous éviter le contact avec notre prochain. On accumule les lois et les politiques pour s'occuper des aveugles, des pauvres, des femmes, de la nature... pensant bien faire mais au passage, nous affranchissant de plus en plus de notre devoir de citoyen et du besoin de s'aider directement, de pair à pair.
Bref il faut recréer des ponts, nous reconnecter les uns aux autres. Parler à des inconnus doit redevenir possible.

Le plus urgent bien sur est de reconnecter les plus marginaux avec nous. Les candidats pour la case prison, les enfants sans parents, sans domicile... ceux qui sont en quête de sens, qui n'ont pas les moyens d'aller faire le tour du monde à sa recherche, ceux à qui manque une figure qui les inspire et qui, trop souvent malheureusement, tombent sur des maîtres à penser qui leur inculquent la haine de son prochain...

Selon la philosophie des gentils Barbares, il faudrait créer des connections, et au travers de celles-ci, apporter du Sens à ceux qui en demandent. Malheureusement le fossé qui s'est creusé est tel qu'une confrontation directe risque de mener à plus d'incompréhension et de conflit qu'autre chose.
De plus face à l'ampleur du défi, nous avons besoin de trouver une approche "scalable", capable de rendement d'échelle croissants, de sorte que nous puissions rapidement atteindre une dimension impactante. Dieu merci il n'existe pas de fichier exhaustif et nominatif, le monde n'est pas blanc ni noir. Mais nous pouvons utiliser la puissance du numérique pour permettre à l'offre d'atteindre sa demande, grâce à la fluidité de circulation de l'information.

Mettons donc en relation nos deux multitudes : la multitude des jeunes perdus et la multitude des barbares bienveillants. Chacun d'entre nous produit un message, porteur d'espoir, positif, constructif, qu'il met en ligne sur Internet. A chacun son style, son format (texte, dessin, audio, vidéo...), son message. Des courts et des longs, des durs et des mous, des conformistes et des rebelles... Comme des milliers de petites gouttelettes de Sens. Puis on demande à un algorithme de faire apparaitre ces messages aux personnes qui en ont le plus besoin, en fonction de leur profil et de leur préférences. La charge est à Google et Facebook de trouver avec qui tel ou tel contenu entre en résonance. Tant qu'ils n'ont pas trouvé, pas de clic, on ne les paye pas ! Et même, ils seront peut-être ouverts à nous donner un peu de crédit pour les premières semaines...

Proposition pour 31 mars : un petit coin-atelier où chaque barbare pourra venir produire quelques petites gouttes, sa petite vidéo, son, petit couplet.

Photo Martin Argyroglo

samedi 10 janvier 2015

Dimanche, nous irons au Louvre.

La liberté d'expression a pris un coup. Certaines personnes intimidées, vont laisser la peur modifier leur comportement.
La communauté musulmane est meurtrie. Les déclarations publiques #notinmyname n'y changeront pas grand chose, malheureusement.
Je compatis bien sur, je suis prêt à aider mon entourage à ne pas s'autocensurer et à assumer pleinement ses croyances. J'attendrai cependant de recevoir des demandes car je n'ai pas de légitimité à dire à mon prochain "tu as un problème et je vais t'aider à le régler". On n'aide pas autrui contre son gré.

Et puis pardon mais j'ai un problème qui me préoccupe, dont je me sens légitimement responsable. Qui n'est ni la liberté d'expression ni la liberté de culte. Je ne sais s'il est "plus grave" ou "moins grave", mais c'est mon problème alors je me dois de m'en occuper le premier, avant de demander de l'aide à mon tour : j'ai des enfants, je voudrais leur laisser un monde paisible.

La moitié de ce problème est leur éducation. Je vais faire de mon mieux, et comme je ne suis pas Raphaël Thobie pour en parler, je vous invite à lire ses mots directement.
L'autre moitié de l'équation, c'est le système, les règles du jeu, la société. Ces derniers siècles Ford, Taylor et leurs amis avaient, ma foi, élaboré une recette permettant un environnement localement plutôt stable et prospère dans certaines zones du globe.

Savoir si cette relative stabilité nécessitait des "sacrifiés" dans d'autres zones du globe ou pas est un grand débat, mais le fait est que depuis longtemps coexistent des zones chaudes, de conflit, ou de misère, et que la relative difficulté de circulation des hommes, des biens et des informations permettait de maintenir les zones stables à l'abri de ces conflits. Il n'aura échappé à personne que les parois étanches sont devenues poreuses. Cette perméabilité croissante du monde n'est pas le pur résultat d'une action politique mais la direction dans laquelle va l'humanité, qui s'est accéléré avec la révolution numérique, comme l'avènement de l'imprimerie a accéléré la diffusion des idées réformistes.

Mais cela ne suffisait pas ; le maintien de cette stabilité locale nécessite également une gouvernance capable de gérer les personnes les plus inadaptées au système. Avec l'éducation commencer par en créer le moins possible bien sur, avec la couverture sociale prendre soin des plus malheureux, avec la force parfois mettre à l'écart les plus dangereux, etc. Et là, malheureusement, notre modèle est en échec également. Avec l'accroissement des inégalités, le gouvernement en quasi-faillite financière et politique, notre système de cohésion sociale devient précaire. On aura toujours des fous. On reconnait une civilisation en bonne santé à sa capacité à s'en occuper.

Parler du drapeau que ces déséquilibrés ont choisi de porter pour commettre leur attentat n'emmènera pas nos enfants dans la bonne direction. Ce n'est qu'une fraction du symptôme de leur folie. Parlons de comment nos systèmes sociaux n'ont pas pu / su inculquer à eux et à tous les autres assassins en devenir, les bases d'un code moral qui nous permettrait à tous d'aller en paix dans la rue faire nos courses.

Alors dimanche, nous n'irons pas à République rejoindre des politiques hors-sol, en voie d'obsolescence. Nous ne voulons pas entendre parler d'islam ou de liberté d'expression. Nous irons au Louvre. Plus précisément, nous irons voir le Maréchal de Coligny, dont la statue se dresse au dos de l'église réformée de l'Oratoire du Louvre. Nous parlerons avec nos enfants de la Saint Barthélémy, cette nuit du 24 au 25 août 1572, et nous leur apprendrons ainsi qu'il est possible de tuer, et de mourir, pour des idées. Cela sera bien assez.

Et après, je retournerai voir Antoine et ses gentils Barbares, et on reprendra le combat contre la banalisation du renoncement, dans l'espoir, au travers des années chaotiques qui s'annoncent, de construire une société paisible pour nos enfants, avec le moins de douleur possible au cours de la transition.

Source Wikipedia CC BY SA 4.0

mardi 6 janvier 2015

Et si l'éléphant Greudf pouvait danser ?


Chère Sandra Lagumina,

J'ai envie de dire : Wow.
Bravo pour ces 20 minutes de vidéo DigitAll : du Human2Human (#H2H), de la transparence, "conversation is king", du management latéral, du reverse mentoring, de la quête de sens, la fusion des vies pro et perso, des flux non marchands... et tout ça à cause du numérique ! C'est dense et délicieux !
J'avoue que sans vous connaître, votre parcours [Science Po - ENA - cabinet de ministre - siège du CAC40 dans le juridique], ne me donnait pas de prime abord l'impression que l'armée GrDF [45 000 employés] s'était doté l'année dernière d'une tête tournée vers le monde qui vient. Mea culpa. Vous connaissez @BTilloy ? Si ce n'est pas encore, le cas, vous devriez déjeuner ensemble !

Mais ce qui m'impressionne le plus dans toute cette démarche DigitAll à GrDF, c'est surtout de vous voir proactivement abolir la frontière entre communication interne et communication externe. Peu de patron(ne)s ont déjà pris conscience que, le monde devenant transparent, l'information devenant liquide, ce rapprochement devenait inéluctable. Encore moins ont déjà pris acte et agissent en conséquence. La tentation est grande de succomber au court terme, la facilité de continuer l'existant, laissant le travail de fusionner les équipes à son successeur, quand cela sera devenu inévitable voire critique.
Car pavés de bonnes intentions, les systèmes paritaires excellent à maintenir le status quo : les obligations de consultation préalable sont devenus les instruments de sanctuarisation de l'information au détriment de l'ouverture et du dialogue direct avec les parties prenantes. Comme pour les élus politiques, nous allons vers une époque où la multitude a de moins en moins besoin de mandater des personnes physiques pour la représenter. Lesquels, par instinct de survie probablement, se retrouvent donc à défendre des modèles bientôt désuets.

Pour aller plus loin, je me permets de soumettre une proposition : inverser la chaîne d'approbation de votre équipe de communication. C'est à dire que toute production, par défaut, est publique, et le confidentiel devient l'exception : pour réaliser une production à diffusion restreinte, alors il faut tout un tas d'approbations jusqu'au plus haut niveau en justifiant pourquoi cela ne peut pas être partagé... Chiche ?

Passer d'une logique de "tout est interdit sauf si c'est autorisé" à celle où "tout est permis sauf si c'est interdit" est une transformation culturelle qui, d'une part, ne concerne pas seulement l'expression des employés sur les réseaux sociaux (ils n'auront finalement servi qu'à exacerber le problème jusqu'à le rendre inévitable), et d'autre part ne peut avoir lieu sans une implication exemplaire des plus hauts niveaux de management.

Tous mes voeux Greudfiens !
Duc

lundi 29 décembre 2014

"Reinventing Organizations", le livre de l'année 2014

Cher Frédéric,

Mille mercis. Mille mercis pour ce travail magnifique qui vient à point nommé répondre aux quelques questions que nous nous posions encore. Et qui vient aussi, peut-être même surtout, nous conforter dans les choix de vie que nous avons fait, en nous relatant la satisfaction de ceux qui ont déjà pris cette route, et qui y ont trouvé l'épanouissement auquel nous aspirons.

J'ai pris quelques notes au regard de notre propre expérience à Officience, dont j'aimerais te faire part en retour.

To CEO or not to CEO ?


Tout d'abord, comme tu l'évoques plusieurs fois, il reste un rôle central dans toutes ces organisations, que le titre de "CEO" reflète assez mal. Ce n'est pas le chef de l'exécution, et pourtant tous les regards sont tournés vers lui. Il y en a toujours un, et un seul. Son renouvellement met en danger la pérennité de l'organisation en mode Evolutionnaire. Même  Linux et Wikipedia sont dotés d'une personnalité emblématique les représentant. La question est donc : le job de CEO est-il soluble dans les organisations Evolutionnaires ?

Une fois qu'il a cédé son pouvoir à la "Constitution", que ce soit sous cette forme, ou dans des fiches, ou un manuel, je tiens que le rôle essentiel de cette personne est de garder tous les yeux braqués dans la même direction, d'être le porte-drapeau de la Raison d'être, la Cause. Et ceci est utile car de manière très pragmatique, il est beaucoup plus simple au quotidien de suivre quelqu'un qui symbolise ces idées, que de suivre les idées directement.
C'est clairement un rôle important, crucial même, mais je ne vois pas de raison de principe pour qu'il n'y a pas plusieurs porte-drapeau, tant que tous soutiennent la même cause.
Il y a donc un rôle de Gardien des Causes, qui peut être partagé parmi plusieurs personnes. Mais ce rôle, pas plus qu'un autre n'a de raison d'être un titre. Je ne pense pas qu'il faille chercher un nouveau titre pour remplacer le terme "CEO", de même qu'aucun autre titre (CFO, CMO, COO ...) n'a d'équivalent.
Mon pari est donc que oui, malgré le fait que les observations actuelles me contredisent, je pense que le rôle de CEO est soluble et que nous parviendront au sein de la Tribu Officence, à nous doter de plusieurs "Gardien des Causes".
Ceci dit, pour répondre au besoin des Etats, des médias, et autres institutions, il reste souvent nécessaire de pouvoir donner un seul nom pour représenter l'organisation toute entière, et si il est parfois possible de jongler un peu, il faut quand même savoir faire preuve d'ouverture d'esprit en acceptant d'entrer dans les cases toutes faites que la civilisation Orange a modelée dans la culture commune.

Tribus sans frontières

Tout au long de la lecture de ton livre, j'avoue avoir été quelque peu dérangé par l'absence de remise en question des organisations, de la forme d'entreprise telle qu'on la connait. L'anthropomorphisme consistant à imaginer une conscience à l'organisation me gêne. En effet, pourquoi penser encore en organisation ? Ce n'est que dans le tout dernier chapitre, qu'enfin, à mon grand ravissement, tu explores comme la fin des organisations fermées comme un futur possible.
Pour ma part, je ne vois pas cela comme un hypothétique futur, je le vois déjà mis en oeuvre aujourd'hui au sein de Linux, Ouishare, ou MakeSense et nous nous efforçons aussi de notre côté à le mettre en pratique. Je vois le monde des idées, des causes, comme autant de "totems" autour desquels nous, être humains, nous prenons position avec plus ou moins d'affinité, de proximité. Il y a bien un point focal, mais il n'y a pas de limite, pas de barrière. Juste des gens plus ou moins proche du foyer, là où se trouvent les Gardiens de la Cause qui essaient, comme ils peuvent, de rallier les gens à leur Cause pour constituer, tout autour (du totem, donc d'eux), la plus grande Tribu possible. Les Tribus n'ont pas de frontières, et nous appartenons tous à plusieurs d'entre elles, avec plus ou moins d'engagement dans chacune.

Dans la Tribu, il y a des gens qui ont ouvert des comptes en banque, comme une grosse caisse commune, un trésor de guerre qui permet de financer des actions visant à promouvoir la Cause. Parmi ces actions, on paye des gens à plein temps, d'autres à temps partiel, d'autres à l'heure, parfois à l'acte, de manière opportuniste, selon leurs besoins et les décisions de chacun. Deux entreprises qui partagent la même Raison d'Etre ne sont en effet pas concurrentes : ce sont simplement deux "pots communs" qui se sont crées dans la même Tribu.
Par contre chaque être humain n'a que 24 heures dans sa journée, et son défi quotidien consiste à décider des Causes auxquelles les allouer. C'est là que se trouve toujours de la rareté et donc une compétition : un concurrent, c'est une Tribu qui essaie de capter les gens vers une autre cause.

Biomimétisme, effectuation et overglorified leadership

J'aime et j'utilise beaucoup, comme toi dans ton livre, l'allégorie du Vivant pour évoquer notre organisation : mécanismes d'autorégulation homéostatiques, lois d'équilibre naturel... mais j'avoue qu'au fond de moi-même une petite voix résonne et objecte : la nature est cruelle, sommes-nous vraiment prêts à jouer ses règles jusqu'au bout ? La sélection naturelle c'est aussi la loi du plus fort, c'est aussi accepter une certaine fatalité dont je me demande si, collectivement, nous sommes prêts à faire face.

Le chapitre sur la stratégie m'a fait penser à la théorie de l'Effectuation de Saras Sarasvathy, qui se prête bien à des organisations ouvertes.

Un passage sur le leadership m'a fait penser à Derek Sivers qui, dans un de mes TED talks favoris, explique que "The true leader is the first follower"

Toujours plus de questions...

J'ai enfin deux questions sur lesquelles j'aimerais avoir ta réponse, mais le temps étant, comme j'écrivais plus haut, une ressource précieuse, je t'invite à n'y répondre que lorsque tu jugeras que l'effort en vaut la chandelle. C'est pourquoi je vais les poster sur la plate-forme Curious, en espérant rencontrer au fil du temps de nombreuses personnes intéressées également par ces questions et qui se joindront à moi pour diffuser ta réponse. Pour l'heure, ta réponse ne profiterait qu'à moi et cela serait, je trouve, bien dommage.
  1. La première question que je me pose est : puisque ces nouvelles organisations semblent restaurer un équilibre de considération entre les principes masculins et féminins, pourquoi les dirigeants de toutes les organisations étudiées dans ton livre sont des hommes ?
  2. La deuxième question porte également sur ton étude : il semble que toutes les entreprises que tu cites dans ton livre sont des succès, au sens où elles parviennent à opérer de manière pérenne et dans l'épanouissement de leurs acteurs. N'as-tu pas rencontré dans tes recherches des entreprises qui auraient essayé d'adopter des principes de fonctionnement Evolutionnaires et qui auraient échoué ?
Encore une fois, c'était pour moi une chance incroyable d'avoir pu te rencontrer, le timing est parfait, je le prends comme un signe du Destin !

Merci encore,
Duc

mercredi 11 juin 2014

Jeu & enchantement

Merci à Antoine Brachet du mouvement des Barbares de vous raconter dans ce billet la un-conférence à laquelle nous avons participé ensemble.
Kinnernet n'est pas un lieu.
Kinnernet ne se définit pas au regard d’un objectif qui aurait été préalablement fixé.
Si tel était le cas, Kinnernet aurait été un échec.

Kinnernet ne vaut que par les personnes qui y sont rassemblées, qui toutes partagent une curiosité incessante et un optimisme indestructible.
Le dîner d'accueil doit d’abord être compris à l’aune d’un critère : le nombre de décibels. Alors même que la plupart des personnes y assistant ne se connaissaient pas quelques heures auparavant, l’ouverture des participants, leur volonté de comprendre, d’apprendre a donné lieu à ce brouhaha brouillon duquel seul peuvent naître de nouvelles idées, véritablement innovantes.



Il suffit au participant avisé de se joindre à n’importe laquelle des conversations en cours pour être accueilli à bras et esprit ouvert, et naturellement, tout naturellement, de s’intégrer à la conversation.

Pas de processus de pensée pré-formatée, surtout pas. Simplement un enthousiasme commun, une Funergy comme l’un d’entre nous l’a si bien résumé en clôture.

L’écoute est permanente. Le jeu aussi, seul moyen de dépasser les contradictions de la pensée pour avancer, seul moyen pour l’intelligence de concilier les impératifs opposé de l’intelligence : créativité et efficacité.

Il faut parler aussi des interventions préparées par une grande partie des participants.
J’ai rarement autant appris en aussi peu de temps. Certains esprits chagrins pourraient parler de brouillon. J’ai pour ma part une théorie du bégaiement, selon laquelle la seule et unique preuve qu’un esprit ou un groupe est en train d’avancer est associé justement à cette volonté de se détacher des idées acquises, qui permet la construction de la pensée et qui se traduit par un bégaiement de bon aloi…

Le temps aussi à Kinnernet est pour tous une parenthèse. Il permet de se rencontrer…Et surtout de se re-rencontrer. D’aller au delà de l’écume d’une première conversation, d’associer les idées de manière itérative et de les faire progresser, ensemble.
On pourrait dire la même chose de l’espace dans lequel s’inscrivent ces rencontres, propice aux discussions en groupe restreint, plus étendu…Ou bien de réflexion avec soi même.
Il me faut donc remercier mille fois les organisateurs, et particulièrement Jérôme Cohen et Marc Goldberg. Ils ont trouvé la formule magique, somme de tout ces petits riens qui auront permis ce moment enchanté.
Je crois n’avoir jamais fait autant de rencontres, toutes plus passionnantes les unes que les autres. Et tous ceux que j’ai eu la chance et le bonheur de croiser m’ont indiqué partager le même sentiment.
Nous nous reverrons...





L

mercredi 30 avril 2014

L'heure du pivot pour l'association des centraliens

Avec la fusion de Centrale et Supélec, les association d'Alumni vont suivre. Ne serait-ce pas l'occasion de se réinventer un peu ? Nous avons écrit à celle des Centraliens pour proposer un Reboot de la revue interne :

"Chère Catherine,

Suite à notre entretien je te mets par écrit mes propos pour référence.

La cause de l'association se doit d'être : promouvoir le rayonnement de l'excellente ingénierie à la française. 

Sans remettre en cause les activités actuelles (carrière, entraide, etc.), nous devons nous focaliser sur cette Raison d'être pour laquelle nous sommes à la fois Pertinents (au sens : nous avons les moyens, la capacité d'action) et Légitimes (au sens : nous sommes les mieux positionnés pour agir, à égalité peut-être avec IESF).

Le nouveau logo de CentraleSupélec
C'est grâce à ce parti-pris affirmé pour une Cause que nous revigorerons notre communauté qui désaffecte l'association car elle n'y trouve pas de sens. Ce dessein est d'autant plus noble qu'il est contributif à la société en général, supérieur à nos petits intérêts individuels ou communautaires, et donc s'engager dans l'association devient une démarche altruiste et non plus corporatiste. Nous les Centraliens, nous mobilisons au sein de l'association pour servir la société.

Venons-en au rapport avec la Revue. Concrètement, s'engager sur cette voie impliquerait pour la Revue de devenir une publication spécialisée sur l'innovation, l'entrepreneuriat, et le leadership de demain ("Leader, Entrepreneur, Innovateur"...), en langue française. Disponible à tous publics, sur le web, par abonnement et en kiosque, à l'image des nombreuses publications qui existent en anglais sur ce domaine (Wired, FastCompany, TechCrunch, Harvard Business Review, etc.). L'existence de ces revues prouve qu'il y a un marché mais il y a malheureusement un manque cruel en langue française, au grand détriment de notre écosystème #FrenchTech (qui s'étend à tous les pays francophones). La rentabilité de la revue en serait assurée et les retombées positives sur la communauté Centrale Supélec seraient conséquentes en terme d'aura et de réputation. La place est à prendre, nous en avons les moyens !

Nous garderions bien entendu une section dédiée à notre communauté, mais la couverture et l'essentiel des pages intérieures seront des articles de haute qualité pour lesquels aucun corporatisme ne saura influencer le verdict d'un rédacteur en chef qui sera garant d'une ligne éditoriale forte. Je n'ai aucun doute que nous trouverons des personnes très qualifiées pour contribuer vu étant donné qu'à ce jour elles n'ont aucune plate-forme sur laquelle s'exprimer.

Je reste tout à votre disposition si vous souhaitez m'entendre donner plus de détails sur cette vision."

mercredi 12 février 2014

Orange lance la Digital Academy

Digital Academy est, pour les 166 000 salariés du groupe Orange, le volet formation au numérique du programme interne Digital Leadership Inside, pour accélérer la transformation du Groupe vers un fonctionnement numérique, que Stéphane Richard a lancé fin 2013. Quelle bonne nouvelle !

A l'heure où la #FrenchTech se cherche des grandes entreprises emblématiques, bravo pour l'intention, je m'en réjouis ! Anticiper la transformation numérique en cours pour prendre de l'avance sur l'évolution de notre société est un acte courageux même s'il sera douloureux, qui au final ne peut qu'être bénéfique aux individus.

Courageux car dans le glissement d'un mode "planifié" vers un mode "coordonné", l'autorité hiérarchique des managers prend un sérieux coup. L'essentiel du travail d'un chef hiérarchique est encore aujourd'hui de faire circuler de l'information : vers le haut, le bas, les cotés, parfois de la synthétiser un peu, l'expliciter ... mais dans l'ensemble, il s'agit bien d'optimiser le transaction cost de Ronald Coase. Or, si un algorithme caché derrière un réseau social ou un flux de nouvelles sur mobile sait faire arriver la bonne information à la bonne personne au bon moment, cette raison d'être du manager disparaît ... et une bonne partie de son agenda quotidien, et surtout de son autorité qui en découlait, avec !
Et ce ne sont pas que les managers intermédiaires qui sont au défi. Plus largement, cette même chute du transaction cost -dont Orange est un artisan majeur de par ses activités qui fluidifient la circulation de l'information- est celle aussi qui met à mal les grandes organisations et favorise la résurgence de les petites structures en érodant l'avantage compétitif fournit par l'échelle.

Douloureux car c'est un traumatisme significatif que vont vivre tous les cadres dont les recettes ont fonctionné si bien pendant 10, 20 voire 30 ans et à qui l'on va devoir pourtant demander de changer de recettes. La fracture numérique, on le sait maintenant, c'est surtout les élites qui en sont les premières victimes car elles ont d'une part les moyens de pas s'y mettre, d'autre part un intérêt à résister à un mouvement qui remet en question des acquis chèrement gagnés.

Je voudrais cependant terminer sur un petit regret, dans la dénomination du programme. "Académie du numérique"*, c'est un nom qui incite à regarder le marteau et pas le clou (essayez un jour d'enfoncer un clou en regardant la marteau, c'est intéressant ...). Apprendre à se loguer dans Twitter c'est une chose, mais la force qui va entraîner les décideurs à changer leur trajectoire c'est de les former à comprendre l'économie de la connection, le mur entre pro et perso qui tombe, les flux non marchands (Emotions, Confiance, Connaissance)... les outils numériques, quand on a la motivation on les apprend bien vite (demandez à toutes les grand-mères qui ont du se mettre à Skype pour voir leurs petit-enfants). 

J'ai rarement vu un surfer s'en tirer brillamment en regardant la vague, ou l'eau sous ses pieds. Il se concentre plutôt sur ses sensations et son équilibre. Or malheureusement, quand vous allez parler aux cadres d'empathie, de design, de sens (purpose), ce sont des domaines dans lesquels leur position hiérarchique ne leur assure pas le "monopole du coeur" comme dirait l'autre. Et puis pour montrer son coeur il faut se mettre à nu, positionner ses causes personnelles par rapport aux causes de l'organisation ... ça peut être très gênant pour certains qui, bon soldats, ne s'étaient jamais posé cette question.

Investir juste dans "apprendre à twitter", ça ne va pas résonner bien loin et promet des taux d'adoptions tristoune, on l'a déjà entendu ailleurs ("oui j'ai été sur Twitter, j'ai écrit 2-3 trucs pour voir, bon, c'est bien pour la veille quoi") ...


* Une lecture recommandée pour l'agence de RP d'Orange : http://www.academie-francaise.fr/digital

mercredi 5 février 2014

Identifier ses Causes

Nous avons trop d'organisations. Par exemple, entre les affaires, l'humanitaire, le culturel, le sportif, etc. je dois pouvoir vous lister une trentaine d'associations impliquées dans les relations France-Vietnam sans trop d'effort. Y a-t-il autant de causes ? J'en doute. Les segmentations ne font pas toujours énormément de sens en terme d'efficacité au service de la cause, mais ainsi va la vie !

En tout cas, le fait est que nombreux sont les gens qui viennent me voir un peu perdus avec leur organisation (collectif, association, entreprise, qu'importe), et qui se retrouvent perplexes devant la question : "Mais quelle est votre cause ? Pour quoi militez-vous ?".
L'objet des organisations, surtout dans l'entreprise (moins dans l'associatif, l'absence de but lucratif aidant), bénéficie de peu d'attention, sacrifié à l'autel d'alinéas plus "sérieux" dans les statuts comme le capital social et sa structure. Parfois aussi, les causes se sont perdues, ou ont perdu de leur pertinence (quid d'un front de libération quand le pays est libéré ?), aléa des évolutions de notre société.

Reconnaître une bonne Cause

Si bien que souvent, les organisations existantes se retrouvent à se chercher. Quelle est la raison d'être de mon entreprise ? Elle ne peut quand même pas se limiter à maintenir des emplois...

Au premier regard, les critères qualifiant une cause laissent pas mal de marge :
 - Faire du sens (Faire durer le bien, faire cesser le mal, améliorer la qualité de la vie)
 - Dépasser l'organisation par son impact sur la société (rester nécessaire même si l'organisation n'existait plus, sans quoi ...).
Mais ce n'est pas tout, ces conditions nécessaires ne sont pas suffisantes car ces deux critères ne procurent pas à eux seuls la puissance fédératrice qui va efficacement cristalliser les membres au sein d'une organisation. Il faut ajouter les deux contraintes suivantes :
Etre pertinente : au moins 80% des activités des membres de l'organisation doivent contribuer directement à la réalisation de ces causes (gagner de l'argent pour financer des actions servant la cause ne compte pas, c'est l'acte lui-même qui doit porter la cause). J'invite à se poser la question de l'externalisation autant que possible pour les rôles qui ne pourraient pas satisfaire un tel critère.
Etre légitime : la portée de l'organisation doit lui permettre de contribuer significativement à la cause, sans quoi les personnes sensibles ne verront pas l'intérêt du levier offert par l'organisation et de plus il y a des fortes chances que d'autres organisation s'avèrent plus pertinentes et donc plus attractives.

Identifier ses causes en trois étapes

Alors, comment procéder quand un groupe de personnes vous disent "Ben on est là, on fait un job, on voit bien que ça sert (on transporte des gens, on fait pousser des légumes, on construit des maisons ...), mais ... c'est quoi notre cause ?"

La première étape, la plus facile, pour garantir la légitimité, c'est de recenser les activités quotidiennes de ces personnes. C'est facile parce que ça s'appelle un inventaire des compétences et des métiers, les RH ont souvent déjà fait l'exercice. Et même si ce n'est pas le cas, prenez 4-5 personnes qui ont 20 ans de boite, en les choisissant bien collectivement ils auront un peu tout vu.. Bien entendu il ne s'agit pas seulement de savoir ce qu'on fait mais aussi pourquoi, les valeurs que ces activités apportent, sur les 5 dimensions (matériel, financier, confiance, sentiment, connaissance).

La deuxième étape, plus délicate, est d'identifier les causes qui motivent ces actions quotidiennes dans lesquels les personnes s'engagent. L'approche classique préconise l'échantillonage :
Des entretiens qualitatifs permettant de reconnaître les orientations personnelles des individus, cherchant par synthèse à identifier la cause commune obtenant la plus forte adhésion possible. Les parties délicates étant dans la sélection de l'échantillon, le volume des entretien qui doit être assez grand pour être significatif, mais pas trop pour rester gérable avec une petite équipe, et le biais induit par la diversité des enquêteurs devient vite significatif. 
Sauf que la révolution numérique est passée par là. Les technologies de l'information nous permettent aujourd'hui d'avoir une approche plus quantitative, permettant de mener une conversation globale avec l'ensemble des acteurs de l'organisation, en interprétant les signaux faibles pour en tirer une analyse qualitative.
La façon de mettre en oeuvre cette conversation globale va dépendre de la maturité d'usage des individus le l'organisation ; on peut imaginer par exemple les schémas suivant :

 - Lancement d'une série de pétitions en ligne sur des sites type Avaaz.org. Ceci amènera petit à petit les employés à se positionner sur différents sujets.
 - Application mobile interne qui propose chaque matin de faire un vote simple (sondage express)
 - Série d'opérations de financement participatif abondées par l'entreprise
 - Concours de beauté : consultation massive en ligne où s'affrontent un grand nombre de causes qui sont progressivement filtrées par suffrage direct.
 - Animation de discussions sur les forums ou le réseau social interne de l'entreprise.

Le final : l'épreuve du feu

Une fois les candidats sérieux identifiés, on obtient une liste de causes toutes aussi bonnes les unes que les autres ; on ne peut pas être contre l'une d'entre elle, prise individuellement. Et pourtant il va falloir identifier les causes authentiques des bonnes intentions. Pour cela, le test consiste à les pousser à bout. Qu'êtes-vous prêt à sacrifier au nom de votre cause préférée ? A qui donnez-vous la priorité ? Par une série d'expérience de pensée on effectue des arbitrages clivants. Et c'est alors que l'on forge une identité, en même temps que des détracteurs bien entendu. Une tribu se définit autant par qui en est membre que par qui ne l'est pas.

Et si on recommençait ?

Une fois l'opération terminée à l'échelle de l'organisation, des sous-ensembles peuvent tout à fait réitérer le processus pour identifier, à leur propre échelle, d'autres causes qui leur seront plus spécifiques. Il est très intéressant d'ailleurs de confronter ensuite les deux niveaux en cas de non-alignement on peut mettre à jour par cet outil des sources de tension internes, qui seront plus faciles à gérer quand elles sont verbalisées et dé-personifiées.