lundi 12 mai 2014

Twitter pour de vrai ? (interview sncf)

En mars dernier, Duc Ha Duong et moi donnions une interview pour sncf.com, concernant l'usage de Twitter et des réseaux sociaux dans les grandes entreprises. Elle faisait suite à la réalisation que Bénédicte Tilloy, directrice générale du Transilien, est une véritable patronne 2.0 qui ne se l'avouait pas encore. C'est avec beaucoup de plaisir et de fascination que nous avons découvert cette perle rare qui a entrepris il y a déjà un moment d'équiper tous ses agents de smartphones, et s'est mise à échanger directement sur Twitter avec le public, ses agents, et les usagers.
En voici la retranscription.

Sncf.com : Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

DHD & YZ : Formés à l’excellence de l’ingénierie française traditionnelle, nous avons pris conscience au travers de nos expériences entrepreneuriales respectives de l’ampleur des enjeux sociétaux auxquels la France fait face. Depuis, alarmés de voir notre économie nationale rater le virage du numérique, nous militons au sein du mouvement des Barbares pour accompagner l’Etat et les grandes entreprises françaises comme GDF Suez ou Orange face à cette “disruption”. Nous tenons un blog, l’Avenir Appartient, dans lequel nous partageons nos expériences.

Sncf.com : En tant qu’auteurs, et spécialistes des nouvelles technologies, quel est votre avis sur l’utilisation de Twitter par les dirigeants des grandes entreprises, en France ?

DHD & YZ : Nous regrettons bien entendu que les patrons français ne soient pas assez engagés sur Twitter ; non seulement eux mais également tout le management intermédiaire qui a tendance à s’autocensurer. Nous pensons que cette situation vient de deux malentendus à dissiper. D’une part Twitter est souvent vu comme un nouvel outil de mass-média traditionnel : des messages formatés, planifiés, préparés par un service de communication, de diffusion massive. Or Twitter est mieux décrit comme une “conversation globale”. Il faut s’imaginer à table avec des amis : vous exprimez une opinion à la cantonade, et parmi ceux qui décident de vous écouter, si l’un répond, vous le regardez et vous tournez vers lui pour continuer, tout en étant conscient que les autres sont toujours là, à écouter. D’autre part, les patrons imaginent que s’ils s’y mettent eux-mêmes, ils seront immédiatement noyés sous un flux ingérable de sollicitations, puisque n’importe qui peut les apostropher directement. Or l’expérience démontre que ce n’est pas le cas ; il suffit d’observer le flux d’une personnalité comme Fleur Pellerin pour s’en convaincre.


Sncf.com : Bénédicte Tilloy, la directrice de Transilien, utilise, elle, beaucoup Twitter. Quel regard portez-vous sur l’utilisation qu’elle fait de Twitter ?

DHD : On observe deux flux. A court terme, elle échange en temps réel (infos incidents, évènements exceptionnels, humeurs et idées des usagers et des agents). Les interactions de ce genre, en se développant, devraient se distribuer parmi le personnel et les partenaires de la SNCF, à mesure qu’ils adoptent Twitter. Le conducteur du train est bien mieux placé qu’elle pour annoncer qu’il y a un rail cassé ! En parallèle, il y a des échanges plus transverses : mise en avant des causes et missions de la SNCF, aussi bien envers les usagers qu’envers ses agents, et transmission de pratiques et savoirs.
YZ : Mais surtout, l’accumulation de toutes ces courtes expressions, dans un langage concis, dessine en filigrane le visage humain, le cœur, les pensées et l’identité de l’auteur. Derrière les données factuelles, c’est l’humain qui transparaît, et ce qu’elle communique, c’est aussi de la confiance, des sentiments, un compréhension des causes auxquelles elle est attachée. Il s’en dégage une image “vraie”, c’est-à-dire non manipulée par une réflexion consciente préalable, qui nous rassure sur l’authenticité de son discours. C’est extrêmement difficile de maintenir, sur la durée, une fausse image de soi sur Twitter. Ce dernier élément est crucial car c’est lui qui redonne de l’humanité dans les interactions entres individus, et ceci pas seulement sur Twitter !

Sncf.com : Le 5 février, elle a diffusé le message suivant : « J’encourage tous les agents Transilien à ouvrir un compte Twitter pour partager info avec voyageurs ». Qu’en pensez-vous ?

YZ : Elle fait son job. C'est dans la mission des cadres dirigeants de voir les changements venir (technologique, sociétaux) et d'accompagner leur organisation dans ce sens. Si la taylorisation de notre économie a créé un rôle de conducteur du train anonyme remplissant une fonction déshumanisée, dans quelques années ça sera le contraire: avec un monde plus transparent et une information qui circule quasiment sans frottement, le public sera outré par l'indifférence d'un conducteur qui, dans sa mission de transporter de milliers de personnes à l’heure et en sécurité, n'échangerait pas avec eux en cas de besoin. Ce que l’on pardonnait hier car la technologie était limitée, on ne l’accepte encore aujourd’hui que parce que les mœurs mettent du temps à s’adapter. Mais une fois cette mutation achevée, les générations futures se demanderont comment il a pu enYZ : être autrement !
DHD : A y regarder de plus près, ce que fait Bénédicte Tilloy c’est donner la permission à des gens qui l’avaient déjà… mais ne le avaient pas ! Utiliser Twitter n’a jamais été interdit, ça n’existait simplement pas. Les conducteurs ont enfin la possibilité technique de parler en direct aux gens à quai, ou ailleurs, et plus seulement dans les rames. A eux de la prendre, cette permission, d’oser affirmer leur identité, mettre visage humain derrière le rôle fonctionnel, et inventer les coutumes de demain.



Sncf.com : Elle se dit convaincue par le fait qu’agents Transilien et clients peuvent se parler et échanger directement. C’est une position inédite, non ? C’est à encourager ?

DHD : Une position inédite, absolument pas. Une position inédite dans une grande entreprise française, certainement ! C’est difficile pour les décideurs de quitter un modèle qui a fait ses preuves pendant tant de décennies, mais c’est pourtant indispensable. Posons-nous la question dans l’autre sens : pourquoi ne pourraient-ils pas se parler ? Techniquement, d’être humain à être humain, on le peut toujours. Ce qui nous choque dans cette proposition, c’est l’idée d’évoquer l’agent Transilien comme un être humain. N’est-ce pas l’inverse qui devrait nous choquer ? Las, l’organisation scientifique du travail pour laquelle nous avons été éduqués depuis notre première jeunesse nous a inculqué l’art de se comporter au travail, de manière soi-disant “professionnelle”, c’est à dire dépassionnée, prévisible, et indifférenciable du travail d’un autre.

YZ : Aujourd’hui, on ne veut plus d’un spot TV ou d'un SMS automatique qui nous explique qu'un technicien anonyme répare un défaut sur une voie. On veut une personne, on veut un être humain qui nous comprend, qui pense à nous et nous le dit dans ses mots. Et s’il est maladroit, tant mieux, au moins ça n’est pas de la langue de bois, ça n’est pas une machine. Ça porte un nom récent, anglicisé, mais c’est vieux comme le monde: après le B2B et le B2C, on revient aux fondamentaux, le H2H, Human to Human*

* Formule de Bryan Kramer à découvrir dans cet article.

Candidature Cloudwatt ... de bonnes nouvelles !

Viviane Chaine-Ribeiro, administratrice de Cloudwatt, avait bien voulu répondre à ma candidature et a eu la gentillesse de faire la suivre au cabinet de recrutement mandaté. Néanmoins, un candidat bien plus qualifié que moi a eu les faveurs du Conseil de Surveillance : Didier Renard, ex-broker en Cloud qui avait écrit une chouette lettre ouverte à François Hollande lors de sa visite dans la Silicon Valley en février dernier.


Je m'incline, et je m'en réjouis ! J'ai eu la chance d'interagir rapidement avec Didier avant sa nomination, et plus intensément depuis, et je suis fan ! Il a pris le temps de m'écouter présenter mon programme en détail, et de nous expliquer sa vision (il se présente sur le blog de Cloudwatt). A tous ceux qui ont exprimé leur adhésion à la vision que je proposais au travers du soutien à ma candidature, je voudrais vous dire : ne soyons pas déçus.
Et maintenant du coup ? On tourne la page ? C'est bien tentant d'aller voir ailleurs, il y a tant de combats à mener ! L'identité numérique par exemple, sujet sur lequel le SGMAP a lancé une consultation il y a un an maintenant et qui pourrait mener au réveil du programme IDNUM qui, il y a 4 ans, a eu du mal à démarrer (il serait peut-être de mauvais esprit de dire ici que La Poste, qui était dans le consortium IDNUM, avait un conflit d'intérêt avec son propre service d'identité numérique).

Nous avons tout de même demandé à Didier Renard si on pouvait faire quelque chose pour l'aider à bien démarrer son mandat. Si dans l'absolu, il peut clairement faire sans nous, puisqu'on est là, qu'on est motivés et qu'on s'est quand même, avouons-le, attaché aux quelques personnes dont on a pu faire la connaissance, pourquoi ne pas en profiter ? Nous allons y réfléchir ensemble ... "When life gives you lemons, make lemonade", vive l'effectuation !

mercredi 30 avril 2014

L'heure du pivot pour l'association des centraliens

Avec la fusion de Centrale et Supélec, les association d'Alumni vont suivre. Ne serait-ce pas l'occasion de se réinventer un peu ? Nous avons écrit à celle des Centraliens pour proposer un Reboot de la revue interne :

"Chère Catherine,

Suite à notre entretien je te mets par écrit mes propos pour référence.

La cause de l'association se doit d'être : promouvoir le rayonnement de l'excellente ingénierie à la française. 

Sans remettre en cause les activités actuelles (carrière, entraide, etc.), nous devons nous focaliser sur cette Raison d'être pour laquelle nous sommes à la fois Pertinents (au sens : nous avons les moyens, la capacité d'action) et Légitimes (au sens : nous sommes les mieux positionnés pour agir, à égalité peut-être avec IESF).

Le nouveau logo de CentraleSupélec
C'est grâce à ce parti-pris affirmé pour une Cause que nous revigorerons notre communauté qui désaffecte l'association car elle n'y trouve pas de sens. Ce dessein est d'autant plus noble qu'il est contributif à la société en général, supérieur à nos petits intérêts individuels ou communautaires, et donc s'engager dans l'association devient une démarche altruiste et non plus corporatiste. Nous les Centraliens, nous mobilisons au sein de l'association pour servir la société.

Venons-en au rapport avec la Revue. Concrètement, s'engager sur cette voie impliquerait pour la Revue de devenir une publication spécialisée sur l'innovation, l'entrepreneuriat, et le leadership de demain ("Leader, Entrepreneur, Innovateur"...), en langue française. Disponible à tous publics, sur le web, par abonnement et en kiosque, à l'image des nombreuses publications qui existent en anglais sur ce domaine (Wired, FastCompany, TechCrunch, Harvard Business Review, etc.). L'existence de ces revues prouve qu'il y a un marché mais il y a malheureusement un manque cruel en langue française, au grand détriment de notre écosystème #FrenchTech (qui s'étend à tous les pays francophones). La rentabilité de la revue en serait assurée et les retombées positives sur la communauté Centrale Supélec seraient conséquentes en terme d'aura et de réputation. La place est à prendre, nous en avons les moyens !

Nous garderions bien entendu une section dédiée à notre communauté, mais la couverture et l'essentiel des pages intérieures seront des articles de haute qualité pour lesquels aucun corporatisme ne saura influencer le verdict d'un rédacteur en chef qui sera garant d'une ligne éditoriale forte. Je n'ai aucun doute que nous trouverons des personnes très qualifiées pour contribuer vu étant donné qu'à ce jour elles n'ont aucune plate-forme sur laquelle s'exprimer.

Je reste tout à votre disposition si vous souhaitez m'entendre donner plus de détails sur cette vision."

mercredi 23 avril 2014

Appel à l'indignation face à la mise en examen de Nicolas Colin

Jean-Christophe Despres résume magnifiquement la situation dans cet article de La Tribune : Nicolas Colin est mis en examen pour un article de blog qu'il a écrit fin 2013 sur l'incapacité de la G7 à réagir face à l'arrivée d'acteurs innovants dans sa filière.


Nous avons demandé à Maud Franca la permission de reprendre ses mots que nous avons trouvés si justes pour expliquer notre soutien :
Nous signons cette pétition car les enjeux de l'innovation sont cruciaux pour l'avenir de notre pays. Ils ne peuvent être brimés par la volonté de certains de retarder une transformation inéluctable. Les conservatismes et réactions de peur face à l'avenir ne peuvent être des solutions. Dans l'histoire, ils ont toujours conduit au pire. Rien de bon. Ils impliquent de subir l'avenir plutôt que de le maîtriser et nous mettent dans une attitude défensive néfaste. La France ne peut se permettre de regarder les trains passer et de voir les autres pays avancer sans elle. Le changement est là et nous ne pouvons faire la politique de l'autruche ou manquer de vision.  Monde nouveau ne signifie pas faire table rase du passé. Tout est continuité et mémoire. Toutefois des modèles économiques et sociétaux arrivés à bout de souffle nécessitent des ruptures. Le renouveau est dans l'ordre des choses. Et l'important dans ces sujets est aussi celui de la régulation.
Par ailleurs, nous signons car la liberté d'expression est un droit fondamental. Il est regrettable que dans notre pays, celui des Lumières, on en arrive à faire un procès en diffamation parce que quelqu'un, qui soit-il, exprime ses idées.
Enfin nous signons car Nicolas Colin a eu le courage et l'intelligence de soutenir le changement, ne fusse-t-il parfois des plus populaires. Le courage de secouer nos inerties.
Nous invitons chacun à signer cette pétition dès lors qu'il partage aussi ces convictions sur l'avenir :

Le lien vers la pétition sur change.org :
 #TousavecColin



Duc et Yanai


Pour se faire sa propre idée, voici l'article original :
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20131015trib000790737/taxis-vtc-les-fossoyeurs-de-l-innovation.html

Existe également en version anglaise pour vos amis anglophones :

lundi 21 avril 2014

Pour l'hébergement des données publiques par Cloudwatt

Liberté, égalité, fraternité ... données !

Une composante importante de la modernisation de l'Etat s'effectue au travers de la mission ETALAB, qui a inauguré il y a de cela quelques mois son excellent portail data.gouv.fr de partage de données ouvertes. Dans son audition au Sénat, son directeur Henri Verdier explique qu'en fait ce n'est pas l'Etat qu'il modernise mais la nation tout entière. Chaque citoyen peut en effet venir apporter ses propres données sur le portail, et les conséquences de cette mise à disposition vont se ressentir bien au-delà de la coopération entre les services de l'Etat.

Lancement de la v2 de data.gouv.fr le 18 décembre 2013
en présence de F.Pellerin, M. Lebranchu et J-M. Ayrault
Il observe que la culture "données" n'a pas encore fini de se développer au sein des administrations, et notamment il anticipe l'émergence d'une distinction entre données personnelles (attachées à un individu) et données privées (considérées intimes par l'individu).

Mais où donc héberger toutes ces données ?

Bien entendu, en France, sur notre territoire. Après, les données étant en libre accès, il n'est pas forcément nécessaire de les stocker dans un "bunker numérique". Eh oui, on constate là que souveraineté ne va pas nécessairement de pair avec "haute sécurité". Est-ce que pour autant on peut se contenter de prendre l'hébergeur le moins-disant ? Je ne le pense pas.

Car on perçoit nettement dans les propos d'Henri Verdier (de la minute 20 à la minute 40) tout le potentiel qui va progressivement se révéler à mesure que le portail s'enrichira de contenu, d'acteurs, et de processus. Ce qui semble aujourd'hui être une anecdote dans le paysage numérique de l'Etat, est amené à devenir à terme une infrastructure majeure de son fonctionnement. Et lorsque les services de la gendarmerie ou de la santé s'appuieront sur ce portail pour coordonner leur action sur le terrain, alors la qualité de l'hébergement deviendra cruciale : l'intégrité des données bien sur, mais aussi les temps de réponse, la continuité du service, et enfin la maîtrise de l'accès car même s'il est libre, il convient de s'assurer que personne n'utilise ces données à mauvaise escient.

C'est pourquoi j'estime qu'à un horizon 5 ans, il est crucial d'héberger les données de l'ETALAB au sein de la seule infrastructure Cloud souveraine qu'il nous reste en France : Cloudwatt. J'espère que Didier Renard, nouveau président de Cloudwatt, pourra y parvenir, coûte que coûte.

Pour bien s'imprégner des enjeux de l'open data et de la situation de la France à ce jour, cliquez sur l'image pour lancer la vidéo dans un nouvel onglet, et allez à 20'20" :
Julien RENCKI et Henri VERDIER sur l'accès aux documents administratifs et aux données publiques