dimanche 26 janvier 2014

Merci pour le déjeuner

Madame, passionnant de vous écouter et je dois dire, assez vertigineux. Nous militons chaque jour pour contribuer au Grand Effort que la disruption numérique exige de la part des Français. C'est un vaste défi et je constate qu'il reste des transformations face auxquelles on ressent cette peur, ce frissonnement qui nous dit qu'il peut se passer quelque chose d'intéressant.

Je résume ici la démarche que nous proposons pour passer "de la cueillette à l'agriculture".

Accentuer encore la fluidité de l'information

Rendre le monde transparent pour développer un terreau où information, sentiments, et confiance se propageront facilement. Si les employés ont déjà des smartphones cela devrait suffire niveau couche matérielle, il reste la couche logicielle (avoir les bonnes app), les attitudes (se permettre de donner son avis), et la capacité d'expression (savoir exprimer son avis). Toutes ces couches sont bien entendu hautement interdépendantes.

Diversifier et enrichir les phénomènes d'influence mutuelle. Promouvoir des échanges transverses et à titre individuel, sans considération pour les titres ni pour les rôles : people-centric. Au travers de conversations, d'événements, et d'action de renforcement positif des attitudes exemplaires.

Nous sommes bien conscients que cette étape génère une plate-forme qui porte en elle des effets conséquents. Si tout le monde peut s'exprimer, si l'information circule vite et bien, c'est aussi une opportunité de renforcer les autres mouvements au sein de l'entreprise. Par exemple, les syndicats y trouveront aussi leur compte, car eux aussi bénéficieront d'une plus grande visibilité et compréhension des ressentis du personnel et de leur interaction avec les usagers, et les dialogues s'en trouveront à terme enrichis et fluidifiés. Mais c'est aussi une dépossession partielle du pouvoir des managers, qui vont, par cette transparence, perdre de leur emprise. Un impact non négligeable donc sur la gouvernance de toute l'organisation. Il faut avoir confiance qu'en distribuant outils et permission de communiquer, on défend les intérêts de tous, personnel et usagers, et on rend progressivement obsolètes les tentatives de manipulations par désinformation ou le détournement d'efforts en faveur de causes non pertinentes.

Identifier vos Causes et constituer vos tribus.

Sur le terrain ainsi constitué vont se confronter des idées en bazar. Il s'agit donc de faire gagner ses idées et pour bien commencer la bataille, mieux vaut être dans le camp des gentils. Il convient donc, avant toute chose, d'identifier sa raison d'être, sa Cause. Une Cause qui transcende l'organisation, comme dirait Mao. Une Cause par rapport à laquelle chacun sera invité à se positionner, et qui sera invoquée pour fédérer autour d'une action commune. Une cause de préférence noble, fédératrice, de sorte qu'on ne se positionne pas pour ou contre, mais plutôt sur une échelle d'intensité : indifférent, appréciatif, sensible, fan.
Nota : Il est possible pour une organisation d'être au service de plusieurs causes, pour peu qu'elles n'entrent pas en conflit, mais il faut alors savoir se positionner en suiveur si l'on croise une organisation entièrement dédiée à l'une d'elles. Pour mon organisation de 300 personnes, nous avons choisi 5 causes.
C'est alors qu'autour de ces causes se constitue une communauté, une "tribu" dirait Seth Godin. Une tribu n'est pas une organisation. C'est une entité floue, à l'image d'une fonction d'onde. Un individu donné est sensible à des degrés divers aux différentes causes qui lui sont présentées, et décide en fonction d'investir son temps en proportion. Tout l'art d'une tribu qui fonctionne bien, est de permettre à tout un chacun de s'y positionner à la distance correspondant à sa sensibilité. Bien entendu on essaie de faire changer les sensibilités des personnes, pour les rapprocher du coeur, mais il est impératif de savoir repousser les personnes qui ne sont pas authentiquement proches de la Cause, au risque de les voir détruire la motivation de leur entourage. 
Nota : le positionnement d'un individu relève de son identité et ses valeurs personnelles, et non pas de son rôle ou sa fonction dans une quelconque organisation. En conséquence,  le statut d'un individu (salarié, intérimaire, consultant, freelance, usager, partenaire, observateur ...) n'entre en rien dans son affinité avec la Cause et donc son engagement dans la tribu. La tribu, comme la cause, transcende l'organisation.
C'est particulièrement intéressant à notre époque où, l'engagement étant grandement facilité, apparaissent en nombre des interlocuteurs "modérés" et "constructifs" qui auparavant n'auraient pas fait l'effort de s'impliquer dans la cause.

Comment faire ? Quelques idées d'actions

1. Bien entendu, commencer par identifier votre/vos Cause(s). Tempête de cerveau, consultation, forum ... tous les moyens sont bons.

2. Equiper les gares d'un écran tactile donnant l'opportunité à chaque passager entrant de donner une toute petite somme à une bonne oeuvre de son choix (ou au moins un "like"). Le grand total donnera des sommes conséquentes, mais surtout amorcerait chacun dans un état d'esprit positif pour la durée de son voyage. A défaut d'une borne tactile, une app mobile avec géolocalisation peut donner le même résultat (mais avec une audience moindre).

3. Une app mobile qui permette à chacun de se "check-in" dans le train où il se trouve, ou dans sa gare , indiquant le train où il compte monter. Le conducteur, s'il se check-in aurait un traitement particulier. Grâce à ces informations, une personne à quai qui attend son train peut le voir s'approcher sur une carte. On pourrait récupérer aussi les délais d'attente et mesurer l'impact d'un incident en temps réel.

Construire le monde de demain

Fini l'économie industrielle de la tour Eiffel, où il fallait 100 ingénieurs pour concrétiser l'idée d'un seul entrepreneur... Nous entrons dans une ère où les ingénieurs sont légion, et ce sont les entrepreneurs qui fabriquent le monde de demain.

Je pense que nous devons nous attacher à prendre chaque fonction, nous demander comment elle sera effectuée dans 10 ans, puis essayer d'accélérer la transformation et la rendre la moins douloureuse possible.
Oui, douloureuse : demandez aux taxis et aux journalistes... Ou bien aux scribes quand Gutenberg est arrivé avec sa machine infernale. On voit bien ce qu'est devenu la corporation des scribes...
Exemple : comment fonctionnera une boulangerie dans 10 ans ? Elle saura exactement combien de pains elle doit faire ? Elle aura une machine à combiner les farines pour une infinité de variétés ? Le pain sera livré par drone ? Elle vendra aussi de je viande et des légumes ? Je n'en au aucune idée mais je sur sûr qu'il y a des passionnés visionnaires de la baguette prêts à faire un ou plusieurs de ces paris. Ça va partir un peu dans tous les sens, il faut tous les encourager à prendre ces risques.
Évidemment vu d'ici en 2014 je ne sais pas comment elle fonctionnera, mais la boulangerie de 2024 nous parait super technologique. Il y a fort à parier que les passionnés innovants cités plus haut vont avoir besoin pour réaliser leur rêve de technologies non disponibles ou trop onéreuses il y a 10 ans. Même si c'est un rêve simple et classique comme prédire les bonnes quantités.

En fait, peut-être bien qu'il n'y aura plus de boulangeries dans 10ans, c'est une possibilité ... mais on continuera tous à se nourrir ! Donc attention à bien regarder les activités individuellement, en faisant fi de la façon dont notre société les a organisées en métiers. Par exemple les journalistes ont, entre autres, une activité de rapporter l'information, et une autre de l'analyser. Ces deux activités ne seront pas forcément autant couplées dans le même métier demain, car si les technologies de l'information ont rendu la circulation de l'information de plus en plus facile et fluide, leur analyse et mise en perspective reste une tâche qu'on a du mal à automatiser. Pareil si on part du principe qu'il y aura toujours des boulangeries demain, on se coince déjà dans un cadre qui va peut-être nous faire rater des choses. Il faut considérer séparément la fonction nutritive de la fonction de cohésion sociale d'un quartier et de la fonction émotionnelle etc. (il reste des boulangers qui ont compris que le plaisir d'aller chercher son pain et d'avoir une interaction agréable, sans jugement ni arrières-pensées, même brève, fait partie intégrante de leur proposition de valeur et justifie de marcher 50m, voire 150m de plus pour aller jusqu'à la deuxième boulangerie).

Il faut donc stimuler aujourd'hui les entrepreneurs passionnés qui portent une vision et qui sont prêts à monter une boite le mois prochain. Et dire à ceux qui veulent entreprendre pour des raisons alimentaires (sans Meaning au sens Kawasaki du terme), qu'en effet il faut bien vivre mais de se méfier quand même des premiers, qui auront toujours plus d'énergie et de combativité.

(Post inspiré d'une conversation sur Facebook avec Antonin Michelet et Bruno Jacquemin sur la #FrenchTech)

vendredi 24 janvier 2014

Notre taux de "codification" ?

Créer un acteur de classe mondiale dans un secteur, c’est également mobiliser en amont d'énormes moyens de production de cerveaux. 


Ainsi la France est une superstar de l’aéronautique. Mais pour cheminer des inventions de Louis Blériot à la conquête spatiale avec Ariane, pour créer un champion mondial de l'aéronautique avec Airbus, il faut créer une véritable infrastructure, qui passe par la formation d'un tissu de techniciens, d'ingénieurs, de logisticiens qui n'existaient pas et sont tous indispensables à la construction d'un avion moderne.

Donc quand on voit la taille de cette liste de formations aéronautiques, je pense qu’il n’y a pas de grosse surprise. 

Avec Duc Ha Duong, on parlait hier de 42 et Simplon, et de la poignée d'initiatives similaires qui naissaient en France.

Le souci, c'est que contrairement à l'aéronautique, le numérique n'est PAS un secteur. Il l'a été, mais ne l'est plus.

Le numérique fait désormais partie intégrante des écosystèmes socio-économiques, et il convient de l'enseigner comme les mathématiques, les sciences naturelles, et la physique, et probablement même avant elles.

A l'école, comme en formation continue, former nos concitoyens au code n'est pas un débat, c'est une urgence !

Cet extrait de la déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes résonne tout particulièrement à mes oreilles :
L'alphabétisation, conçue dans une acception large comme l'acquisition des connaissances et compétences de base dont chacun a besoin dans un monde en rapide évolution, est un droit fondamental de la personne humaine
La bonne nouvelle, c'est que la France, déjà championne des mathématiques, a tous les atouts pour créer de super codeurs.
Donc ça n'est pas une poignée des 42 et des Simplon qu'il faut créer, mais un millier !

mercredi 22 janvier 2014

Pourquoi la France doit se doter d’une infrastructure Cloud souveraine ?

J’aimerais qu’on arrête de se moquer de Cloudwatt. Cloud souverain ce n'est pas simplement Cloud français, et je m'inquiète que la distinction ne soit pas assez prise au sérieux.

Moi j’avais compris que la mission de Cloudwatt était de mettre en place le Cloud souverain Français. Je n’ai pas été très fort en histoire-géo à l’école, mais quand même j’ai retenu 2-3 choses :

  1. Lorsqu’une nation se dote d’un état pour assurer la paix civile, ses membres consentent à abandonner une partie de leurs libertés au profit du gouvernement qui les gère en imposant à tous des contraintes normatives (les lois).
  2. Ce même gouvernement se doit également de protéger ses membre des menaces étrangères, en garantissant l’indépendance de la nation. Assurer cette défense requérait de maîtriser les technologies permettant de fabriquer des armes, mais en temps de paix autant fabriquer des voitures, c’est plus utile et cela suffit à décourager les pays voisins. Du moins ceux qui n’ont pas la même maîtrise industrielle.
  3. Pour les autres, il y a une autre façon d’éviter un nouveau conflit qu’on a mis en pratique au XXème siècle entre la France et l’Allemagne, avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier : il suffit de mettre en commun précisément ces même ressources naturelles cruciales pour fabriquer des armes à l’époque.

Pourquoi est-ce que je vous parle de cela aujourd’hui ? Revenons à notre cher univers numérique :

Sur Internet, les usagers du Net se regroupent et confient une partie de leur libertés à des entités centralisatrices qui fixent des conditions d’usage en échange de services rendus : les plates-formes. En Europe, ces plates-formes sont aujourd’hui pour la plupart des entreprises privées américaines. Dénuées de la légitimité d’avoir été élues démocratiquement, ces plates-formes compensent ce handicap en tissant un lien de confiance avec nous. L’enjeu majeur pour elles : la gestion de notre identité numérique et de nos données personnelles.

Assurer l’indépendance de notre nation ne requiert pas nécessairement d’avoir nos propres plates-formes (c’est très difficile), mais requiert de maîtriser les technologies permettant de les fabriquer. Il est donc crucial de développer au sein de notre pays un capital intellectuel suffisamment massif et à la pointe dans les technologies de l’information pour pouvoir, en cas de besoin suppléer à la carence d’un Google à qui l’administration américaine aurait ordonné de couper la France. Saluons au passage Simplon et l’école 42 pour leurs efforts dans ce domaine.

La mutualisation des ressources dans l’Internet, c’est bien entendu le mouvement libre (“free as in free speech”), mais aussi coté hardware, le développement des infrastructures Cloud.

Autrement dit :

L’indépendance numérique de la France (je laisse au lecteur de juger si cela est synonyme d’indépendance tout court), c’est permettre à tous les Français de confier leur identité numérique ainsi que leurs données personnelles à un acteur totalement indépendant d’influences extra-nationales, et ceci de façon durable. Et tout comme un particulier a le droit de choisir le prestataire chez lequel il héberge ses données, la France, terre d’accueil se devrait également d’accepter les étrangers qui choisissent de lui confier la protection ou le traitement de leur données.

L’indépendance numérique de la France, c’est de disposer de l’infrastructure qui permette à des plates-formes françaises d’émerger et atteindre l’échelle mondiale. Une infrastructure qui ne doit pas dépendre de la FCC ou d’autres organismes extra-nationaux pour leur gouvernance (risques bien réels comme vient de nous le rappeler la récente affaire sur a neutralité du Net).

L’indépendance numérique de la France, c’est soutenir le mouvement libre dans l’infrastructure cloud (Openstack), mais aussi en mettant à disposition une quantité massive de ressources partagées, qui vont contribuer à un équilibre plus sain des forces en présence dans le domaine. Notamment l’inférence d’organismes extra-nationaux dans les services à venir de Quantified Self, Internet of Things et e-Health risque de poser de gros problème à notre régulateur (car comme Lawrence Lessig explique : “code is law”).

C’est la mission de Cloudwatt que de devenir notre champion français sur ces trois enjeux. 

Le CEO de Cloudwatt n’est pas le gestionnaire d’une mee-too qui essaierait de profiter d’un nouveau secteur à la mode, en forte croissance, pour capter une fraction du gâteau. Il porte le mandat de protéger l’autonomie de notre pays dans une période où des plates-formes “barbares” s’arrogent, avec notre plein consentement, le rôle de gérer nos vies et garantir notre identité à la place de notre gouvernement.

Bref CEO de Cloudwatt, c’est un job de héros de la nation. “We need you to lead us” comme dirait Seth Godin. J’espère de tout coeur que le successeur de P. Starck se sentira effectivement pleinement conscient de la mission dont il est investi, ainsi que de son enjeu.

La news : 

lundi 20 janvier 2014

The Connection Economy

Notre économie industrielle devient une économie de la connexion, où la création de valeur se redéfinit au-delà de l’argent et des biens matériels, par les flux d’information, de confiance et d’émotions.

We believe the industrial economy that was build by the engineers is now transitionning towards the connection economy built by the entrepreneurs. The value we create is now driven by how much valuable information we can produce, how much love and trust we can earn, and how often we let innovation spur. It boils down to creating connection between human beings whose quality is becoming of greater importance than the quality of the product or service you are offering.
“If your factory burns down but you have loyal customers, you’ll be fine. On the other hand, if you lose your customers, even your factory isn’t going to help you – Detroit is filled with empty factories.”
Seth Godin


The 4 pillars of the connection economy are defined by Seth Godin as:
  1. Coordination : Get people to be synchronized, create opportunities for people to connect by putting those with the same motives at the same place at the same time
  2. Trust : Create a climate of “default to trust” that will allow exchanges and transaction to occur with minimal transaction cost
  3. Permission: A connection will start only once you’ve earned the privilege of getting someone who accepts listen to you. However we see too many occurence of people having permission who do not use it because of muting social norms.
  4. Exchange of ideas : Once connection is taking place, it has to go beyond the simple “poke” to get valuable. It becomes fruitful when ideas gets confronted and feelings reinforced, or original ideas emerge.
Goods still need to be produced of course but no one is interested in the 7th sigma, in the absolute zero defects. Quality standard is a given and the lonesome defect has actually an important role in creating connections with your customers, maintaining your humanity though imperfection, and building personal stories 

Watch Seth Godin explain about the Connection Revolution (3'39) :
www.youtube.com/watch?v=sKXZgTzEyWY